Environnement | 15 juin 2019

Awahi : Quand le plastique recyclé se mue en vêtement de sport

De Peggy Porquet
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Il y a quelques semaines s’est achevée avec succès une campagne de financement participatif afin d’assurer le lancement de la marque de vêtements Awahi, fabriqués avec des bouteilles de plastique recyclées. Imaginée par sa fondatrice Sandra Pasero, la marque - exclusivement phocéenne - semble promise à une belle réussite. Entretien 

 

Neuroscientifique, journaliste et désormais fondatrice d’Awahi, pourquoi avez-vous choisi de vous orienter vers la protection de l’environnement ?

Ce projet s’inscrit dans la continuité de ma carrière professionnelle, car j’ai été journaliste spécialisée dans le développement durable. A un moment donné, j’ai eu envie d’être dans l’action, donc j’ai effectué une formation dans le domaine de l’innovation et du développement durable. C’est là que j’ai découvert l’économie circulaire qui s’inspire des écosystèmes où l’on réfléchit en boucle et l’éco-conception*. Pour moi c’est très porteur. Maintenant je ne conçois même plus de fabriquer quelque chose de nouveau sans intégrer ces dimensions-là.  La philosophie d’Awahi est de réduire les déchets (par leur recyclage ou leur réutilisation/upcycling), et de limiter les impacts environnementaux et sociaux de l'industrie textile. En plus des vêtements recycles, toujours dans une démarche d'économie circulaire, je collecte des déchets sportifs (ailes de kitesurf, combinaisons en néoprène...) et les réutilise en accessoires (sacs, pochettes...) en partenariat avec un Esat (structure d'insertion). Ces produits sont 100 % marseillais.

 

Lors d’une interview récente, vous évoquiez le fait que la France exporte une partie de ses déchets plastique en Asie. Quelles en sont les raisons ?

Effectivement, la France exporte une partie de ses déchets plastique en Asie et plus précisément en Asie du Sud-Est. C’est d’autant plus problématique que la Chine a fermé ses frontières à ces déchets. Et que parfois, ceux-ci seraient envoyés en mélangeant plusieurs types de plastique. En France, nous sommes en retard en termes de recyclage. Il n’y a pas suffisamment d’usines de recyclage de plastique et nous ne savons pas tous les recycler. De plus, selon certains organismes, le coût du recyclage dans l’Hexagone serait plus élevé que de produire du plastique vierge.

 

Comment avez-vous conçu votre tissu hybride ? Quelles en sont des qualités ?

Je suis partie de l’écoconception, c’est-à-dire comment on limite l’impact environnemental sur toutes les étapes du cycle de vie d’un produit. On réfléchit sur la matière première, sa transformation, sa distribution, son usage et sa fin de vie. Il faut réfléchir simultanément sur tous ces paramètres pour éviter les transferts de pollution. Par exemple, ce n’est pas parce qu’une matière première est biosourcée que cela va être écologique, (comme le coton qui est hyper-impactant sur l’environnement ), ce n’est pas parce que c’est “ made in France “ que c’est écologique (…). Tous ces éléments m’ont permis d’arrêter mon choix sur une matière première. Le fil de polyester recyclé existe depuis une vingtaine d’années en Asie. La marque Patagonia avait notamment créé des vêtements polaires avec ce matériau et l’a diversifié sur d’autres produits . De mon côté je souhaitais relocaliser tout ceci par rapport au transport. Car même si l’on dit que le bateau est le moyen de transport le moins polluant en évoquant les gaz à effet serre, il impacte l’environnement. Le fil de polyester recyclé n’est pas produit en France, on en fait en Italie ou en Espagne. Le mien provient de l’Italie du Nord, issu d’un recyclage mécanique.

 

Pourquoi vos fils de polyester sont–ils fabriqués en Italie et non sur le territoire hexagonal ?

Car il n’y a plus beaucoup de filatures en France. S’il y avait des efforts faits en matière de recherche et de développement et que je pouvais tout relocaliser à long terme, ce serait génial ! En France, on recycle de la laine ou du jean, mais l’industrie textile a été délocalisée et il ne reste plus grand chose en réalité. Ils ont plus porté leurs efforts sur leur survie que dans la recherche et le changement de leur stratégie. En Asie par exemple, ils font déjà de la recherche sur des tissus à base d’algues, de champignons. Ils sont très en avance sur les thématiques environnementales.

 

Comment transforme–t–on le PET** pour la fabrication de vêtements ?

Les bouteilles collectées sont broyées en copeaux, puis en granulés, qui sont ensuite chauffés et l’on fait un fil, produit en Italie et dont la traçabilité est vérifiable. Ce fil provient d’un recyclage de bouteilles à hauteur de 100 %/ Lorsque l’on écoconçoit un produit, on fait des analyses des cycles de vie afin d’en mesurer les impacts. Par exemple, la création d’un legging avec cette matière consomme 15 litres d’eau contre 2 700 litres pour le coton.  Ce fil est par la suite tissé ou tricoté suivant le vêtement que l’on veut réaliser. Cette étape a lieu en France. On y ajoute de l’élasthanne, car si nos tissus étaient en 100 % polyester recyclé, on perdrait toute l’élasticité du produit. Nos produits contiennent 84 % de polyester recyclé et le reste, c’est de l’élasthanne. Nous n’avons pas de technologie en Europe pour créer ce fil recyclé en le rendant suffisamment élastique pour une application habillement sportif.  Les teintures et les impressions de nos tissus sont toutes certifiées Oeko-tex, un label garantissant l’absence de substances nocives pour la santé et l’environnement. (…) Je pense que les gens font plus d’allergies aux teintures comprenant de nombreux additifs chimiques qu’à la matière. Les teintures certifiées du label Oeko-tex répondent à une charte et excluent toute présence de métaux lourds par exemple.

 

Vous avez imaginé cette collection capsule dédiée au sport. Envisagez-vous d’élargir votre gamme pour des vêtements de tous les jours par exemple ?

Les leggings peuvent être portés sous une jupe l’hiver par exemple, tout comme les brassières, qui peuvent se porter en sous-vêtement. La particularité des vêtements d’Awahi réside dans leur polyvalence. On peut avec un seul et même legging pratiquer plusieurs sports tels la nage, le yoga, le stand-up paddle… Le tissu absorbe l’humidité et protège des rayons UV. Je réfléchis par la suite à la création de gammes hommes et enfants.

 

Pourquoi avez vous fait le choix de Marseille et de chantiers d’insertion pour l’assemblage de vos vêtements ?

Il était important de réaliser ce projet en France car pour moi l’environnement et le social sont indissociables. Le fait de relocaliser permet de travailler dans la proximité avec des personnes en insertion, entre autres. Par ailleurs, la marque est implantée à Marseille et la région Auvergne-Rhône Alpes est très proche.En terme de transport, les produits ne parcourent pas plus de 900 kilomètres, ce dont je me réjouis, car ce n’est vraiment pas beaucoup.

 

*« L’éco-conception consiste à intégrer l’environnement dès la conception d'un produit ou service, et lors de toutes les étapes de son cycle de vie »  (AFNOR, 2004)

** Polyéthylène téréphtalate. Le PET est une matière principalement utilisée pour la fabrication de bouteilles, flacons, pots, films et feuilles, fibres...

 

16/09/2019 - Toute reproduction interdite


Maillot de bain Awahi
Akuna Matata /DR
De Peggy Porquet

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