La confiance en soi est un facteur d'épanouissement, assure Séverine Halopeau, fondatrice du cabinet Humaine et auteur du livre « Comprendre ce qui est toxique au travail » (Ed. Humaine 2021). Mais c'est aussi un exercice compliqué pas toujours si bien perçu par les autres. 

La chronique de Séverine Halopeau

La confiance en soi est la faculté d’un individu à avoir foi en ses propres capacités pour traverser différentes situations. Elle est une composante de l’estime de soi. En travaillant sur notre confiance, nous améliorons donc la vision que nous avons de nous-mêmes, ainsi que notre valeur personnelle. Mais développer sa confiance ne s’acquiert jamais définitivement. C’est un état qui fluctue au rythme de nos vécus. Quand nous réussissons, nous avons davantage confiance en nous. Inversement, quand nous traversons des périodes difficiles, notre confiance peut être mise à mal.

Les confinements de la crise sanitaire ont illustré ce phénomène, notamment chez les étudiants et jeunes actifs. L’isolement, l’activité sociale restreinte, les projets d’expatriation compromis, le manque de contrats professionnels disponibles, la précarité, sont autant de facteurs qui ont affecté la santé physique et morale de ces jeunes, altérant par conséquence leur confiance en eux.

Gare aux Coachs « experts » !

Terme très à la mode, la confiance en soi serait une « vertu » à développer pour faire face aux aléas du quotidien. Les coachs-experts en confiance en soi pullulent sur les réseaux sociaux. Considérant la valeur lucrative du sujet, des opportunistes enseignent l’art de la confiance en soi de façon douteuse. Certains récitent des leçons méditatives, prêchant de vous répéter que vous vous aimez. D’autres vous « pseudo-psychanalyseront », vous expliquant tels des médiums les causes de vos échecs et les raisons de vos succès…

Ces opportunistes sont souvent très narcissiques. Ils parlent beaucoup d’eux, affichent des super-compétences en développement personnel, ont tendance à s’attribuer la propriété des exercices sur la confiance en soi, ont souvent « créé » leur propre méthode bien-être et vantent systématiquement les bénéfices de leur enseignement... Derrière cette assurance se cache souvent un manque de rigueur professionnelle. Ces coachs négligent leur référencement et s’approprient maladroitement les concepts de psychologie…

Il est donc conseillé de se fier à des coachs formés en psychologie et ne prenant pas de posture de « guide spirituel ». Le rôle d’un coach est de faire questionner son patient sur ce qu’il vit, pas de lui dire ce qu’il doit faire. Car développer sa confiance en soi reste avant tout un travail d’introspection. Mais comment réussir à regarder un échec « en toute objectivité » ? Comment prendre du recul, sur ses propres émotions ? Dans un monde où règne le « je veux tout tout de suite », nous souhaiterions avoir confiance en nous en claquant des doigts, oubliant tout le travail laborieux que cette finalité représente. Dans un monde où règne le « et moi et moi et moi », exposer sa confiance en soi apparaîtrait comme un prérequis de la réussite. A tort ?

Une personnalité dominante ?

Dans son autobiographie, Benjamin Franklin enseigne treize vertus à la jeunesse américaine pour « devenir un homme » qui pourraient être publiées aujourd’hui sous le titre de « Les clés de la réussite par la confiance en soi ». Parmi ces vertus, il cite l’humilité par ces mots : « Je ne peux pas me vanter d'avoir beaucoup de succès dans l'acquisition de la réalité de cette vertu, mais j'en ai eu pas mal en ce qui concerne l'apparence de celle-ci » 1 . L’humilité étant ici une affaire d’apparence plutôt que de réelle qualité personnelle. Pour Franklin, l’humilité peut poser des problèmes éthiques à l’homme qui veut réussir. Autrement dit, l’homme qui réussit est celui qui est sûr de lui, n’apportant de l’attention au jugement d’autrui seulement s’il sert son propre succès.

Aujourd’hui, la confiance en soi pâtit des stéréotypes du « self-made man ». Au travail, une personne confiante peut donner l’image d’une personnalité (trop ?) dominante, qui a une forte assurance, portant peu d’intérêt aux autres, qui est prête à tout pour réussir. Une personne confiante est-elle difficilement fiable ?

De l’anticonformisme

En entreprise, la personne qui a toujours foi en ses propres idées peut faire peur aux autres. Comme l’écrivait Ralph Wado Emerson, dans son essai « Self-Reliance » 2, la personne qui a confiance en elle sait se détacher du souci et de la peur de « ce que pensent les gens ». Pour Emerson, on ne peut se réaliser qu'individuellement, uniquement en étant non-conformiste. 3 Mais est-ce si simple d’afficher des idées différentes, voire opposées, dans une organisation ?

Face aux diverses crises économiques et aux marchés très concurrentiels, le collaborateur est incité à être créatif. Cet appel à la créativité manque souvent de crédit, au quotidien. Les idées originales et utiles peuvent bien émerger. Faut-il par la suite, les considérer et les développer dans l’entreprise 4 ? De nombreux responsables et collaborateurs sont effrayés par le changement de leurs habitudes d’entreprise. Ils préfèrent mettre en sourdine les idées neuves, pour maintenir le rassurant statu quo…

Avoir confiance en soi, pour avoir confiance en l'autre ?

Il n’est donc pas si facile d’avoir foi en ses propres capacités. Nous peinons à nous auto-évaluer avec objectivité et nous devons ensuite nous confronter aux jugements d’autrui. Certains pourraient trouver notre confiance en soi abusive ou mal placée. D’autres pourraient craindre l’excès de confiance en soi, comme si cela impliquait toujours de tromper l’autre. Pourtant, comme le rappelle Michela Marzano, « la confiance en soi relève aussi de la capacité à créer des liens ».5 Il faut assez de confiance en soi pour croire aux bonnes intentions des autres. Il faut donc assez de confiance en soi pour être capable d’accepter notre part de vulnérabilité. Et c’est peut-être là le véritable enseignement à retenir sur la confiance en soi. Elle ne cherche pas à nous rendre plus sûr de nous, mais à accepter de nous tromper. Elle nous apprend à cultiver l’art de la résilience.

1 Autobiography, IX. Traduit et popularisé en France sous le titre Comment on devient un homme.

2 Confiance en soi et autres essais, Paris, Rivages, 2000, coll. « Rivages poche »

3 Vignoles, P. (2009). Confiance (en soi). Cahiers philosophiques, 120, 25-50. https://doi.org/10.3917/caph.120.0025

4 Workshop « CRÉATIVITÉ ORGANISATIONNELLE ET CONFIANCE : QUELS ENJEUX POUR LES ORGANISATIONS CONTEMPORAINES ? » - disponible sur cr_workshop_060220_bls_vf.pdf (fondation-dauphine.fr)

5 Marzano, M. (2010). Qu'est-ce que la confiance ?. Études, 412, 53-63. https://doi.org/10.3917/etu.4121.0053

10/09/2021 - Toute reproduction interdite



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De Séverine Halopeau