Société | 3 février 2021

Avoir 20 ans au temps du Coronavirus

De Fild Fildmedia
6 min

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » disait Emmanuel Macron suite à une  annonce sur l'instauration du couvre-feu . Face à la pandémie, la jeunesse voit brutalement ses aspirations contrecarrées.  Mais être jeune en temps de covid, c’est aussi apprendre la patience , repenser son mode de vie , et s’adapter  en permanence.           

 Reportage de Marie Corcelle                                                                                        

Lorsque l’on est jeune, comment fait-on pour dépasser les atteintes à cette liberté tant chérie ? Comment vivre dans un monde empli d’incertitudes lorsqu’on a la vie devant soi, mais que le temps est mis sur pause ?

Le confinement et la perturbation du quotidien, s’ils sont propices à l’introspection, restent une source de profonds questionnements.  « Avant le coronavirus, on vivait avec beaucoup de certitudes, on savait comment les journées et les semaines se dérouleraient, on pouvait planifier sur le long terme. Dorénavant, c’est impossible. On est sans cesse obligé de s’adapter et de rebondir », reconnait Clémence, jeune artiste de 22 ans. Être jeune, c’est aussi se construire, et chercher des réponses. Difficile d’en trouver à l’heure actuelle. « D’habitude à notre âge, on se trouve dans une période de la vie où tout va très vite, où il faut prendre des décisions, faire des choix. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les réponses qu’on semble effleurer sont en réalité elles-mêmes d’autres questions », admet-elle.  

Un avenir professionnel compromis             

 
La crise sanitaire a fait basculer près d’un million de français dans la pauvreté. Le Rapport sur la pauvreté en France pour l’année 2020-2021 de l’Observatoire des inégalités indique que les jeunes sont en première ligne. Ce sont eux les plus vulnérables face à la précarité, qui ne fait que s’étendre avec le covid. Nombre d’entre eux sont à la recherche d’une offre d’emploi inespérée ou tentent de s’accrocher à leurs cours en distancié, et d’autres restreignent leurs dépenses alimentaires quand certains tentent de garder une santé mentale intacte dans une chambre d’à peine quelques mètres carrés.
Pour beaucoup, 2020 rimait avec un avenir professionnel. La pandémie et le confinement qui ont suivi a mis à mal la future carrière de nombreux étudiants. Sixtine, 22 ans, a vu son avenir dans le monde de la mode remis en question : « J’avais pris une année de césure pour aller travailler à Londres chez Chanel. Une belle occasion en termes d’opportunité professionnelle s’est envolée.  En un claquement de doigts, c’était terminé ».   Lucie, qui était partie effectuer un service civique au Bénin en décembre 2019, a dû être rapatriée : « Je devais rester 7 mois pour participer à des actions socio-éducatives, mais je n’en aurais passé que 4 dans le pays. Y retourner semble difficilement envisageable pour le moment. En réalité, tous les projets se soldent par un point d’interrogation ».

Donner de son temps             

On dit souvent des jeunes qu’ils font primer leur jeunesse et leur personne sur le reste.  Véronique, 21 ans, étudiante en 4ème année de médecine, bat en brèche cette affimation  : « Je crois que ce qui me fait tenir, c’est de m’investir au quotidien. J’ai une situation qui n’est pas donnée à tout le monde, alors je veux donner de mon temps. J’ai géré les cours en visioconférence pour les élèves de ma promotion lors du premier confinement, j’ai travaillé à l’hôpital, je me suis occupée de mes grands-parents. J’ai pris soin de quelqu’un d’autre que ma personne. Je voulais aider des gens qui en avaient plus besoin que moi ».       
Marc a 22 ans et il étudiant en droit. Il abonde dans le sens de Véronique : « J’avais presque honte de ne pas être en première ligne à me battre, d’être un soignant. J’ai eu un déclic, je voulais aider, et j’ai trouvé plusieurs options pour faire du bénévolat et aider des personnages âgées ou en situation précaire. J’ai postulé pour plusieurs missions, je ne voulais plus m’apitoyer sur mon sort. Si je trouve qu’actuellement ma vie n’a pas de sens, pourquoi ne pas lui en donner en aidant les autres ? Çela a été une véritable prise de conscience ».

Le retour aux fondamentaux

Lors du premier confinement, la plupart des jeunes ont tenu bon.  « On ne pouvait pas être égoïste et ne penser qu’à soi. On pensait dans la globalité. Nous étions tous dans la même situation », affirme Sixtine. Le déconfinement s’est avéré plus ardu. L’accès aux petits bonheurs d’avant est devenu impossible, qu’il s’agisse de boire un café en terrasse, ou simplement sortir avec des amis. Pour essayer de garder le moral, changer ses plaisirs et agir différemment est la solution pour certains. « Il ne faut plus forcément penser à soi, mais se recentrer en trouvant des alternatives. Au lieu de sortir, cuisiner chez soi, aller se promener dans des parcs, visiter des églises… Toutes ces choses que nous n’aurions pas nécessairement faites avant. Mais il faut aussi savoir relativiser. Avoir sa famille et ses proches en bonne santé, c’est ce qui importe le plus », explique-t-elle. En somme, le principe du rasoir d’Ockham : les choses les plus simples sont souvent les meilleures. Samuel, étudiant en école de commerce à Lyon, le reconnaît. Il s’est replongé dans la lecture : « C’était usant d’être assailli d’informations de toutes parts. La charge mentale augmente tous les jours, on a l’impression que le monde autour de nous explose, et qu’il n’y a rien de positif qui en sort. Ce ne sont que des informations négatives en permanence.  Alors je me suis remis à lire, cela m’a permis d’échapper à la réalité en me plongeant dans d’autres histoires ».

Malgré une augmentation considérable de la précarité étudiante , et si beaucoup de jeunes ont des craintes quant à leur avenir, ils reconnaissent volontiers qu’il faut savoir garder la tête haute et innover pour se créer de nouveaux souvenirs. La jeunesse saura conserver son apanage : savoir s’adapter et se réinventer. 

 

03/02/2021 - Toute reproduction interdite

 


Manifestation à Paris dans le cadre d'une journée de mobilisation en France pour "défendre les conditions de vie et d'étude" des étudiants alors qu'aucune date de reprise des cours pour tous n'a été avancée, le 20 janvier 2021.
Manuel Ausloos /Reuters
De Fild Fildmedia

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