Communautarisme, victimisme et relativisme : Aurélien Taché semble cocher toutes les cases de la politique postmoderne dénuée de fond et de sens, qui va à contre-courant des valeurs humanistes françaises en prétendant les défendre. Multipliant les bourdes et les comparaisons douteuses, il est l’un des symboles de l’inversion des valeurs qui a fait la marque de fabrique de La République en Marche. Portrait.

Par Emmanuel de Gestas.

« Le principal péril qui pèse aujourd’hui sur la France, c’est la menace sur sa démocratie » nous explique en préambule Aurélien Taché. Le député se revendique démocrate. C’est d’ailleurs le nom du parti qu’il a lancé il y a quelques semaines : Les Nouveaux Démocrates. On y retrouve des anciens marcheurs de l’aile gauche, à l’instar de Guillaume Chiche, député des Deux-Sèvres, obsédé par les questions sociétales comme l’euthanasie ou la GPA. Ce mouvement a des faux airs de parti démocrate américain, avec une tendance progressiste de gauche. Car c’est probablement ces termes qui définissent le mieux Aurélien Taché.

Elu député de la dixième circonscription du Val d’Oise en 2017, ancien du Parti socialiste et de l’Unef, le jeune parlementaire se place immédiatement comme un poids lourd de la majorité. Puis il finit par rompre avec le centrisme macroniste pour revenir à son gauchisme d’origine.

Son passage à l’Unef a été la matrice idéologique d’un garçon dont le parcours scolaire ne le prédisposait nullement à l’engagement politique. Après des études de plomberie - jamais achevées -, le jeune Aurélien Taché a entamé des études de droit en autodidacte à l’université de Limoges. C’est là que le jeune étudiant s’est construit idéologiquement au contact de la très à gauche Union Nationale des Étudiants de France, jusqu’à prendre la présidence de l’organisation au sein de son université. Dans les colonnes de l’Obs en octobre 2018, le jeune député, encore marcheur à l’époque, a confié appartenir davantage « à la gauche Nanterre qu’à la gauche Voltaire ». Comprendre : la gauche étudiante activiste, plutôt que la gauche institutionnelle sortie de l’Ena (la promotion Voltaire de cette école fut celle de François Hollande, Ségolène Royal, et d’autres responsables du Parti socialiste). Plus de dix ans après, l’activisme et la formation militante semblent être restés intact chez un député qui maitrise encore parfaitement sa vulgate gauchisante sur nombre de sujets comme l’immigration, le communautarisme, ou la déchéance de nationalité. Le débat avorté sur la déchéance de nationalité conduisit par ailleurs Aurélien Taché à quitter le PS pour rallier En Marche au début de l’année 2017.

Un spécialiste des sorties polémiques

Depuis son élection au Palais Bourbon, et plus encore depuis sa rupture avec LaREM en mai 2020, Aurélien Taché se veut le roi des petites phrases assurées d’être immédiatement relevées et commentées. Ainsi en février 2020 dans l’Express, en réponse au livre Génération offensée (Grasset, 2020) de l’essayiste Caroline Fourest, l’ex-marcheur affirme qu’ « on doit pouvoir soutenir la pensée décoloniale sans être taxé d’indigénisme ». Invité régulier de CNews, il doit se justifier dans l’Obs après avoir défendu la polygamie lors d’un débat sur la chaine d’info en continu en novembre 2020. Aurélien Taché avait auparavant déclenché un tollé lorsqu’en mars 2019, il s’était lancé sur l’antenne de France 5 dans une comparaison hasardeuse entre le voile islamique imposé à des fillettes et le serre-tête que porteraient certaines autres.

Une liste de ses errements qui est non exhaustive …

Une psyché politique américaine

Au fond, ce que révèlent ces déclarations et prises de positions, c’est la colonisation mentale d’une partie de nos élites par des théories venues d’outre-Atlantique. Car Aurélien Taché est représentatif de ces politiques français dont le corps est à Paris, mais la tête à Washington. Sa collègue, la sénatrice du Val d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio (LR), fustige un élu « qui préfère les combats communautaristes aux combats républicains ». Ce communautarisme, affirme-t-elle « vient des États-Unis ».

Obsédé par la French theory, marqué par ses années passées à l’Unef, Aurélien Taché voit des dominants et des dominés partout. Ou presque. Car l’a-t-on entendu sur les Français de confession israélite qui fuient en masse les territoires perdus de la République ? Se soucie-t-il du sort des chrétiens d’Orient persécutés ? A-t-il eu un mot pour ces dizaines d’agriculteurs ou de policiers qui se suicident de désespoir depuis des années dans une relative indifférence ?

Seules les causes « fashionables » comme Black Lives Matter, Adama Traoré, ou le combat LGBT semblent l’intéresser. Des combats encore une fois importés tout droit des États-Unis, comme nous l’expliquions récemment dans une enquête.

De la même façon, celui-ci assume parfaitement que la loi de 1905 soit teintée, nous dit-il « d’apaisement et de coexistence », dans une explication très anglo-saxonne de la laïcité et à rebours de la définition traditionnelle française.

Interrogé sur ce qu’est être Français, l’ex-marcheur reste fidèle à sa vision idéaliste et hors-sol : Il affirme « avoir un attachement plus fort que tout aux droits de l’Homme, à la liberté, à la volonté de construire un avenir ensemble, au-delà de toute considération religieuse, ethnique, ou de tout autre ordre. ».

Au fond, le sympathique et gaffeur Aurélien Taché est assez clair et ne joue pas double-jeu : entre la France et le village global, entre le demos et les minorités, entre la République et les communautés, sa ligne de fracture est nette, même si elle ne se fait pas sans bavure : Il a ainsi misé sur la globalisation et le communautarisme, oubliant un peu vite que la France est une terre de tradition et de culture, et non une terre multi-ethnique.

19/04/2021 - Toute reproduction interdite


Le député Aurélien Taché assiste à la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 20 février 2018.
© Gonzalo Fuentes/Reuters
De Emmanuel de Gestas