Pendant que les autorités qatariennes s’évertuaient à nier en bloc la tentative récente de coup d’État avorté, la nature esclavagiste de la société, la réalité d’un effondrement économique, les accusations avérées de corruption pour l’attribution d’évènements sportifs internationaux, le financement de groupes terroristes, la promiscuité avec l’Iran… Leur ministère de la Santé annonçait de son côté, il y a à peine dix jours, un faible taux d’infection du COVID 19 et un taux de mortalité ridiculement bas.  

                                                                      Analyse de Jean Pierre Marongiu

Alors qu’Al Jazeera ne cesse d’en rajouter sur l’excellence de la gestion sanitaire de la pandémie, et à l’heure où la plupart des pays ont entamé les étapes du déconfinement, des restrictions drastiques viennent d’être appliquées dans les rues de Doha, la capitale qatarienne.

Le 17 mai 2020, dans le meilleur des mondes possibles, l’émirat imposait les sanctions les plus sévères pour le non-port du masque obligatoire dans l’espace public. Les contrevenants aux nouvelles règles du Qatar sont ainsi passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et d’amendes pouvant s’élever jusqu’à 55 000 riyals soit 15000 US dollars.

L’analyse des statistiques fait apparaître un taux d’infection coronavirus parmi les plus élevés au monde selon AFP. Seuls les micro-États de Saint-Marin et du Vatican font état de taux d’infection par habitant supérieurs selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Plus de 32 000 personnes ont été testées positives au COVID-19 soit un taux de 1,2 % pour 2,75 millions d’habitants — officiellement le ministère de la Santé annonce 15 décès. Il s’agit de décès parmi la population qatarie, laquelle rappelons-le, est forte de 360 000 personnes. La létalité parmi les communautés étrangères ne fait pas l’objet de statistiques officielles. Les morts népalais, bengalais ou indiens comptant pour quantité négligeable.

De source interne à l’administration pénitentiaire, plusieurs centaines de décès sont à déplorer, un bloc entier de la prison centrale de Doha est désormais destiné à l’empilage des cadavres. D’autres témoignages alarmistes émanant du personnel de sécurité affecté aux camps de travailleurs nous sont parvenus, ils font état de centaines de morts.

Il est à noter comme facteur aggravant, le taux extrêmement élevé de diabétiques parmi la population qatarienne. Si on s’en réfère à une étude chinoise récente, les malades infectés par le covid-19 et atteints de diabète représentaient 10 à 20% des personnes hospitalisées, 22% de celles admises en réanimation et 31% des décès.

Au sein du ministère de l’Intérieur circule le chiffre de 1500 décès directement imputables au COVID 19. Des journalistes d’Al Jazeera ont été fortement sensibilisés aux mesures de confidentialité obligatoires concernant la situation particulièrement précaire que connaît le pays.

Afin de ne pas infecter la population qatarienne, les travailleurs étrangers non confinés dans les camps ou sur les chantiers sont soumis à l’obligation du port du masque dans l’espace public. Les conducteurs seuls dans leurs véhicules sont exemptés de cette exigence, mais la police a érigé des points de contrôle à travers la capitale, dimanche soir, pour vérifier la conformité des automobilistes.

Des files d’expatriés masqués attendent dans la plus grande inquiétude à l’extérieur des officines de transferts d’argent sur Bank Street de pouvoir expédier leur pécule à leurs familles.

Le Ramadan joue lui aussi un rôle de facteur accélérateur de la propagation du virus.

Les autorités qatariennes ont ainsi informé la population du risque d’augmentation des infections lié aux rassemblements pendant le mois du ramadan.

Abdullatif Al-Khal, co-président du Comité National de Lutte contre les pandémies du Qatar, a déclaré jeudi qu’il existait « un risque énorme de contamination durant les rassemblements familiaux lors des repas du ramadan. Ceux-ci sont responsables d’une augmentation significative du nombre d’infections chez les Qataris » sans pour autant annoncer de statistiques.

Alors que les mosquées, ainsi que les écoles, les centres commerciaux et les restaurants restent fermés au Qatar pour prévenir la propagation de la maladie, les chantiers de la Coupe du monde 2022 restent ouverts. Des inspecteurs du gouvernement ont été chargés de faire respecter les règles de distanciation sociale aux journalistes étrangers venus rapporter de l’avancée des travaux. Aucun d’eux n’a été autorisé à franchir les abords des stades en construction, l’expression « gestes barrières » prenant une signification militaire.

Par ailleurs, les autorités ont déclaré que les travailleurs de trois stades ont été testés positifs et seraient hautement contagieux.

Des dizaines de milliers de travailleurs migrants ont été mis en quarantaine dans la zone industrielle de Doha après qu’un certain nombre d’infections y ont été confirmées à la mi-mars, les autorités se refusent diffuser des statistiques les concernant.

Abdullatif Al-Khal, Khal a déclaré que la plupart des nouveaux cas concernaient les travailleurs migrants, bien qu’il admette avoir constaté un rebond des infections chez les Qataris. Il a déclaré que le pays n’avait pas encore atteint le sommet de sa contagion. Les groupes de défense des droits de l’homme ont à de nombreuses reprises alerté l’OMS que les conditions de proximité extrême des travailleurs, le manque d’hygiène des aires de préparation des aliments communautaires et le partage des sanitaires rendaient inutiles les mesures de distanciation et le port du masque.

Les sanctions pénales imposées à tout contrevenant n’ont en fait pour seul objectif que d’isoler les travailleurs infectés afin de protéger la population qatarienne. Il est évident que le montant des amendes de 15000 US dollars à des salariés percevant - quand ils sont payés - un salaire moyen de 250 US dollars correspond à une sentence à perpétuité, voire une condamnation à mort compte-tenu du taux de létalité carcéral du coronavirus.

À partir du 22 mai 2020, le Qatar va rendre obligatoire pour tous ses citoyens et résidents l’installation d’une application de suivi du coronavirus préalable à tout déplacement. Des sanctions d’une sévérité inégalée sont mises en place afin de dissuader les récalcitrants : une lourde amende de 200 000 QR (environ 55 000US $) et une peine d’emprisonnement de trois ans. "Tous les citoyens et les résidents sont obligés d’installer l’application Ehteraz sur les smartphones lorsqu’ils quittent la maison pour quelque raison que ce soit", a écrit l’agence de presse publique Qatar News Agency (QNA) dans un tweet. " Cette décision entre en vigueur le vendredi 22 mai 2020 et un nouvel avis. "

Cette décision, sans doute sur les conseils avisés de Recep Erdogan maître en la matière, ressemble davantage à une purge politique qu’à une mesure sanitaire.

18/05/2020 - Toute reproduction interdite


Des gens se promènent au souq Waqif, suite à l'apparition d'un coronavirus, à Doha, au Qatar, le 12 mars 2020.
Reuters
De Jean-Pierre Marongiu