De nouveaux transports de troupes, des systèmes d’information reportant automatiquement la position des alliés. Les marsouins du 3e Rima inaugureront cet automne au Mali la nouvelle panoplie Scorpion de l’armée de Terre. Notre reporter Mériadec Raffray, qui a couvert les opérations françaises dans la région, relate leurs préparatifs à Vannes.

A l’intérieur du Griffon, le nouveau transport de troupes blindé de l’infanterie légère, trois transmetteurs s’affairent sur une forêt des consoles et de câbles. Là où prend place le chef tactique, trône l’écran du Système d'information du combat Scorpion le « SICS », dernière version du logiciel tactique de l’armée de Terre. Une batterie de terminaux permet aux opérateurs de communiquer « vers le bas », avec les unités déployées, et « vers le haut », avec le commandement ou avec les artilleurs et les pilotes des aéronefs en charge de l’appui, à plus de 10 000 km de distance si nécessaire, par liaison satellitaire. Responsable de la petite équipe à l’oeuvre, l’adjudant-chef Antony J. explique: « Plus besoin de déployer plusieurs tentes de matériels. Ce Griffon en version PC concentre tout ce qu’il faut « sous blindage » pour conduire une manœuvre interarmes dans un affrontement de haute intensité ». Avec la livraison des 4 exemplaires de cette version « PC » du remplaçant du véhicule de l’avant blindé (VAB) - la bête de somme des militaires depuis 40 ans à bout de souffle - le « 3e de Marine » aligne désormais 25 Griffon dans ses hangars techniques du quartier Foch-Delestraint situé au pied des remparts de Vannes. De quoi équiper deux compagnies de combat. A partir de maintenant, toutes les nouvelles recrues de ce régiment d’élite seront formées sur ce matériel dernier cri.

Premier régiment de l’armée de Terre à recevoir la dotation promise à toutes unités similaires d’ici 2025, - le complément est prévu pour 2030 - , le 3e régiment d’infanterie de Marine (3e Rima) aura le privilège d’inaugurer en opération le programme Scorpion de renouvellement des blindés et des systèmes d’information de toute l’armée de Terre. Cet automne, il projettera ses deux compagnies « Scorpion » au Mali. Au Sahel, 500 marsouins testeront dans les conditions réelles de la guerre, le combat du futur, en « réseau » ou « infovalorisé », selon l’expression des experts. Un saut technique et tactique progressif, qu’aucune armée occidentale n’a encore réalisé, disent-ils. Concrètement, expose le capitaine Loïc, adjoint de l’une des compagnies désignées pour le Mali, « nous connaîtrons avec certitude la position des amis et nous partagerons en temps réel les renseignements sur l’ennemi. Nous percerons d’avantage le brouillard du champ de bataille ». Toutes les consoles SICS sont connectées aux différents capteurs des engins, et elles dialoguent par l’entremise de la nouvelle radio-logicielle Contact à haut débit. Les chefs débarqués possèdent aussi leur terminal sous forme d’un smartphone ou d’une tablette. L’ensemble forme un maillage ou une bulle de communication nomade. Le patron du « 3 », le colonel Eric Talleu confie : « comme les bâtiments de la Marine nationale, nos blindés Griffon se parleront automatiquement. Les lieutenants et les capitaines disposeront alors des informations nécessaires pour prendre de bonnes initiatives. De sorte que notre manœuvre sera fluidifiée et accélérée ».

Une technologie décuplant le savoir – faire des soldats

La mission du lieutenant-colonel Emmanuel, le chef du bureau Opération-instruction du régiment, est de veiller à ce que les unités en partance pour la bande saharo-sahélienne (la « BSS ») acquièrent les nouveaux automatismes dans les délais impartis: « L’enjeu consiste à adopter les nouveaux gestes réflexes et apprendre à gérer la sur-information: demain, nos systèmes génèreront même des propositions. Tout en remplissant nos missions quotidiennes ». Actuellement, le « 3e de marine » est présent au Burkina Faso, au Sénégal et en Guyane, assure des missions Sentinelles en Normandie et sur la Côte d’Azur. Lancé il y a un an, le chronomètre s’accélère. En décembre, lors d’un séjour de trois semaines dans les camps de manoeuvre de Champagne, les Marsouins ont décroché leur certification au combat Scorpion. En avril, ils y retourneront pour un nouvel entraînement générique. En juin, ils prendront le chemin du camp de Canjuers, dans le Sud, pour débuter la préparation opérationnelle spécifique à l’opération Barkhane. Un calendrier minuté sur lequel la Covid 19 n’a eu aucune prise: la rusticité et l’endurance sont l’ADN des 1 600 hommes et femmes de ce régiment prestigieux dont la mission première est d’encaisser le choc avec l’ennemi. « En ce sens », souligne le colonel Eric Talleu, « la technologie apportée par Scorpion ne fait que décupler le savoir-faire fondamental de mes soldats. Par exemple, la climatisation installée dans les Griffon doublera leur endurance au combat. Elle passera de 4 à 8 jours ». Pas étonnant que les Marsouins aient apprivoisé sans coup férir leur nouvel engin. En dépit de sa silhouette imposante, son agilité est bluffante. Montée sur six roues motrices directrices à l’avant et à l’arrière, sa caisse est optimisée pour la protection du groupe de combat (10 hommes) embarqué, censée résister à l’explosion d’un IED. Son agencement rompt l’isolement auquel ils étaient condamnés dans le VAB. Le sergent Julien explique: « Avant, on était aveugle et coupé du pilote et du tireur. Maintenant, on peut tous communiquer et observer le terrain depuis le pare-brise avant. Je peux désigner des points caractéristiques à mes équipiers avant qu’ils ne débarquent ». Le pilote, lui, n’a plus qu’à appuyer sur un bouton pour ouvrir les portes ou modifier la pression des pneus. Des caméras lui offrent une vue à 360 degrés sur les flancs du véhicule. Le tireur manoeuvre la mitrailleuse du tourelleau télé-opéré sur le toit avec son joystick et l’écran de sa caméra thermique. Il n’a plus à exposer son buste à l’extérieur. « Ça change tout », s’exclament les caporaux chef Antony D. et Antony T., 20 ans et 6 ans de service. « Rien n’a été laissé au hasard », jugent les deux soldats qui, au cours des derniers mois, ont aidé l’industriel à corriger quelques défauts de jeunesse. Cela aussi, c’est inédit.

01/03/2021 - Toute reproduction interdite.


Exercice militaire du 3e Rima près de Vannes
cellule communication 3e Rima
De Meriadec Raffray