Le président de ORAE Géopolitique Olivier Antoine analyse le contexte économique et social de l'Argentine pour l'année à venir. 

En Argentine, l’année 2019 s’ouvre sur fond de crise économique sévère d’où de nombreuses interrogations et inquiétudes émergent. Après une année 2018 marquée par l’hyperinflation, le chômage, la dévaluation de la monnaie ou bien encore un endettement record, le pays entame une année électorale particulièrement incertaine où les clés du scrutin reposeront tant sur la capacité du gouvernement à redresser une situation économique et financière complexe qu’à offrir des réponses à une situation sociale de plus en plus tendue.

Depuis l’élection de Mauricio Macri en 2015, la scène politique argentine se trouve fortement polarisée entre son gouvernement et l’opposition péroniste, dont la figure principale reste l’ex-présidente Cristina Kirchner. Embourbé dans la crise économique et financière, le gouvernement voit s’intensifier, depuis un an, la protestation sociale et se renforcer l’opposition. Aussi, la récente élection de l’extrême droite au Brésil, à coups de surenchère sécuritaire et populiste, a inspiré au gouvernement argentin un fort durcissement de sa ligne politique en vue de la campagne électorale, au risque de souffler sur les braises d’une humeur sociale déjà explosive.

Bien que l’Argentine soit un pays de tradition protestataire et que le spectre du scénario émeutier et destituant de 2001 rôde dans tous les esprits, la situation sociale ne devrait pas dégénérer avant les élections. La succession de rendez-vous électoraux au fil de l’année, élections provinciales et municipales, devrait permettre de canaliser une partie de la colère populaire en attendant l’élection présidentielle de fin d’année.

Toutefois, agiter la problématique sécuritaire peut se révéler inefficace face à l’urgence des préoccupations économiques des Argentins comme le taux d’inflation, la reconquête du pouvoir d’achat ou bien la perte de valeur du peso. En 2018, l’inflation a dépassé 47%, le salaire réel chuté de près de 15% et la dévaluation atteint près de 100%. La question se pose alors de l’évolution de ces tendances et de leur impact sur la société. Grâce au soutien du FMI et de son prêt de 57 milliards de dollars pour éviter toute sortie de route financière en 2019, le gouvernement compte s’appuyer sur les secteurs des exportations agricoles et de l’énergie pour relancer son économie. Ainsi, de nouvelles dévaluations compétitives ne sont pas à exclure, la plupart des scénarios projetant d’ailleurs une dévaluation du peso à hauteur de 30 % sur la période et une inflation elle aussi de l’ordre de 30%.

Par ailleurs, il est impossible d’ignorer les effets de l’évolution du contexte géopolitique régional sur l’Argentine. Les décisions du Brésil de minimiser le rôle du Mercosur et son choix de s’aligner sur la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela ne manqueront pas d’affecter l’Argentine. L’éventualité d’une guerre commerciale entre le Brésil et l’Argentine ainsi que le risque d’une guerre entre le Brésil et le Venezuela ne peuvent en aucun cas être sous-estimés.

C’est donc dans ce contexte particulier que les entreprises présentes en Argentine devront aborder cette année électorale. Une année à hauts risques où les conditions économiques resteront difficiles, le calendrier électoral imposera son rythme et l’humeur sociale sera à surveiller très attentivement.

14/01/2019 - Toute reproduction interdite


Des gens passent devant un magasin à Buenos Aires, en Argentine, le 12 décembre 2018, avec des pancartes indiquant "Offres uniques, derniers mois" et "Achetez aujourd'hui et payez en février".
Agustin Marcarian/Reuters
De Olivier Antoine