Analyses | 8 juillet 2018

Arabie Saoudite: La Fondation MiSK est elle fiable?

De GlobalGeoNews GGN
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Créée en 2011 par le Prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Al Saoud (dit MBS), l'association à but non lucratif « MiSK » interroge sur sa fonction à l'heure où le prince héritier multiplie les visites diplomatiques en Occident. Intégré au plan « Vision 2030 », cet outil de soft power est l'emblème du « renouveau » saoudien dont le vice-premier ministre et homme fort du pays se fait l'ambassadeur. Analyse de Maxime Chauffour 

MiSK – prononcé « musk » en anglais – est à l'origine un terme arabe qui désigne un parfum traditionnel, symbole de générosité et de bienveillance. La fondation philanthropique aux mains de MBS entend porter le projet de rénovation économique et sociale du prince héritier au travers de trois domaines d'intérêt : la culture, les médias, et l'éducation. La promotion de valeurs telles que l'innovation, la modernité, et l'entreprenariat est au cœur du projet. C'est par le biais de l'organisation de forums et de cycles de formation que le leader saoudien entend forger une jeunesse saoudienne ouverte, internationale, et engagée pour le développement économique.

Opération de communication ou porte drapeau de la nouvelle stratégie saoudienne ? La fondation a signé de nombreux accords avec diverses institutions et entreprises occidentales – Harvard, Boston Consulting Group, Google, Twitter, ou encore le Louvre – dont le prestige est garant du sérieux de la fondation de MBS. Etendard des ambitions de transition économique et sociale du régime des Saoud, MiSK agit comme un instrument de soft-power qui promeut une image de modernité et cherche à valoriser le talent de la jeunesse du Royaume. En réalité, cette structure ne peut se comprendre que comme intégrée au pan « Vision 2030 », révélé au public en 2016 et véritable manifeste politique sur l'Arabie Saoudite de demain. MiSK doit, au sein de ce projet, tâcher de former une jeunesse saoudienne connectée, internationale, cultivée et innovante. Stratégiquement parlant, l'Arabie Saoudite fait le pari de diversifier son économie et de faire grimper une productivité actuellement faible : même si la part de pétrole décroit, son exportation représente encore 60% de l'économie du pays, tandis que les fonctionnaires touchent des salaires 3 fois plus élevés dans le public que dans le privé sans pourtant participer à la croissance de manière efficiente.

Le rôle de MiSK est donc double : stimuler la productivité d'une jeunesse (de - de 30 ans) qui représente 70% de la population, et améliorer l'image de marque du pays, à l'instar de la stratégie de diversification économique et culturelle qu'a opéré le Qatar. Pour ce faire, MBS mise sur l'éducation de la nouvelle génération. La fondation est ainsi le prolongement éducatif de sa stratégie, et son objectif est de former, et d'encourager les talents du pays.

Le programme éducatif à l'intention des jeunes entrepreneurs saoudiens, piloté par Bloomberg, entend notamment enseigner les codes du business international. Le besoin de respectabilité recherché par la fondation encourage à croire qu'elle peut être un partenaire crédible et sérieux. En ce sens, la vaste opération de purge organisée par MBS l'année dernière, qui a ciblé près de 500 personnes, n'est pas qu'une manœuvre politique : le dirigeant saoudien entend assainir le milieu des affaires, dans lequel la nouvelle génération est invitée à jouer un rôle.

L'opération de séduction à l'attention des capitaux étrangers semble ainsi se fonder sur le renouvellement des personnes et la fiabilisation des pratiques. MiSK est l'un des instruments de cette démarche. Il ne faut toutefois pas oublier que cette stratégie, menée tambour battant par un prince héritier parfois disruptif, qui élimine toute forme d'opposition, intervient dans une période de crise sociologique profonde en Arabie saoudite, de forte tension avec l'Iran et le Qatar, et qu'une partie du pays a encore du chemin pour sortir d'une société ancrée dans l'archaïsme religieux wahhabite.

La corruption est par ailleurs très présente dans le pays, et les délais de paiements, pour les entreprises partenaires de projets saoudiens comme ceux de Misk, souvent extrêmement longs.

06/07/2018 - Toute reproduction interdite.


Le prince héritier Mohammed Bin Salman d'Arabie saoudite marche pendant sa visite à la société Google dans la Silicon Valley, aux États-Unis, le 6 avril 2018.
De GlobalGeoNews GGN

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