Nommé chef d’état-major au plus fort des tensions en Méditerranée, ce pilote de Rafale et ancien pacha du Charles veut rehausser le degré de préparation des équipages et des bâtiments au combat. Il détaille son plan pour GlobalGeoNews. 

                                                                     Un reportage de Mériadec Raffray.

 

« L’augmentation des incertitudes stratégiques est telle qu’elle est susceptible de conduire à des combats en mer ». Le 1er septembre, à Toulon, sur le pont d’envol baigné de soleil du porte-avions Charles de Gaulle, en prenant officiellement la succession de l’amiral Prazuck, le nouveau chef d’état-major de la Marine, l’amiral Pierre Vandier, prononce un discours bref mais qui en dit long sur son état d’esprit. Le 7 septembre suivant, devant les futurs officiers de Marine, à l’Ecole navale de Brest, il enfonce le clou : « Vous entrez dans une Marine qui va probablement connaître le feu. Vous devez vous y préparer ». Ce pilote de chasse (de Super-Etendard, puis de Rafale Marine) sait mieux que quiconque combien la mer est redevenue un enjeu de puissance. Sur tous les océans du globe, les flottes de combat font leur retour au premier plan, a pu observer ce fils et petit-fils de marin lors de ses deux postes précédents. Avant de diriger le cabinet militaire de Florence Parly, la ministre des Armées, un poste au cœur des dossiers politico-militaires, il gérait les relations internationales de la Marine.

Vandier, 52 ans, confie avoir vécu son adoubement à bord du « Charles » comme un « symbole très fort ». Un bâtiment sur lequel il aura servi 1 200 jours au total. Comme pilote embarqué, d’abord, puis chef de la première flottille de Rafales Marine, patron des opérations, et enfin « Pacha » entre 2013 et 2015. Il a éprouvé au quotidien les capacités de ce formidable outil de projection de puissance et de diplomatie militaire. Avec les Etats-Unis, la France est la seule à posséder sa version la plus aboutie. De nombreuses marines cherchent à s’en doter, y compris dans ses versions dégradées : Chine, Inde, Russie, Royaume-Uni, Japon, Espagne, Italie, Turquie. Début octobre, le mastodonte a repris son service actif à la mer, après 4 mois d’immobilisation pour entretien, en débutant par un exercice de l’Otan en Méditerranée. Au cœur des tensions navales. Une cinquantaine de bâtiments de guerre croisent en permanence entre la mer Egée, le canal de Syrie et la Méditerranée Centrale. Dans cet espace relativement réduit, un incident ou une erreur humaine peut vite provoquer une escalade, alertent les experts. La situation est sérieuse, confirme l’amiral Vandier : « La tension est perceptible. D’autant qu’elle est aussi médiatisée par les acteurs de cette politique du fait accompli qui se déroule sous nos yeux ; cette politique qui consiste à s’imposer dans une zone donnée et puis à contester toute légitimité aux autres acteurs ».

Pour le nouveau patron de la Marine, « Il est clair que nous entrons dans une période exigeante pour nos bâtiments et leurs équipages ; en Méditerranée et ailleurs, comme par exemple dans l’Atlantique, où nous nous tenons prêts à réagir au regain de l’activité sous-marine russe ». Ces quatre dernières années, grâce à l’effort budgétaire consenti pour nos armées, son prédécesseur s’est efforcé de reconstruire un avenir à la Marine. Elle voyait se rapprocher le spectre du déclassement, qui menace aujourd’hui la Royal Navy. Pierre Vandier veillera, bien sûr, au respect du calendrier des futures livraisons. De nouvelles frégates, cinq sous-marins nucléaires d’attaque, une série de patrouilleurs pour réaffirmer notre souveraineté aux abords de nos côtes et dans notre zone économique exclusive ; mais aussi des missile et des obus : il est urgent de recompléter les stocks…

L’amiral Vandier a fixé deux autres priorités à ses marins. Il veut « accroître le niveau de leur préparation opérationnelle. Compte tenu du contexte, il faut être sûr de l’intégralité du spectre de nos modes d’action, de la fiabilité de nos équipages, de l’entretien des matériels ». Pour éviter que « les marins soient usés avant l’heure par la difficulté à concilier ce métier et la vie de famille », le défi consiste à « embarquer les familles dans la mission, tant elles sont partie intégrante du système de combat ». Au niveau tactique, justement, il entend « permettre à l’ensemble des forces de la marine de se projeter dans le combat de demain ». Une opération, justifie celui qui a supervisé l'intervention de la France au Mali en 2013 depuis les sous-sols de l'état-major des Armées, où il était exerçait alors le rôle d'officier de conduite, « ce n'est plus un bateau en mer, mais une plateforme dans un environnement complexe, qui inclut l'espace et le champs numérique ». La « créativité tactique » doit permettre d’intégrer les bâtiments dans des actions « multi-domaines ».

À terre, les experts, de leur côté, doivent mettre au point ses armes de demain. À commencer par les missiles hypersoniques (plusieurs fois la vitesse du son) : en la matière, la compétition bat déjà son plein !

Bonne nouvelle, la France est dans le peloton de tête.

05/10/2020 - Toute reproduction interdite


Des marins se tiennent sur le pont alors que le porte-avions français Charles de Gaulle quitte la base navale de Toulon, le 5 mars 2019.
Jean-Paul Pelissier/Reuters
De Meriadec Raffray