Le fondateur du Printemps Républicain Amine El Khatmi signe un ouvrage au titre éponyme (« Printemps Républicain », éditions de l'Observatoire, 2021). Un livre aux allures de manifeste pour retrouver une gauche « en partie perdue » : populaire, républicaine, laïque, sociale, féministe, universaliste et écologiste. Il prétend s'attaquer sans tabou aux dangers de l’islamisme, du communautarisme et de l'immigration incontrôlée. Avec la volonté affichée de rétablir « l'ordre et l'autorité de l’État ». Tout un programme.

Entretien conduit par Francis Mateo.

Fild : Vous écrivez que la gauche française s'est réellement « perdue ». Est-ce le cas ?

Amine El Khatmi : Oui, mais une partie seulement de la gauche. Je pense d'abord à Jean-Luc Mélenchon, qui a perdu sa boussole républicaine : en se vautrant dans des thèses complotistes pour suggérer que des attentats auraient pu être organisés pour influencer l'élection présidentielle, en attaquant la justice ou en désignant la police comme une milice, en manifestant aussi avec les islamistes comme il l'a fait en novembre 2019... Oui, j'estime que tout cela le place hors du champ de la République. Mais je pense aussi aux écologistes comme la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian, qui finance une mosquée tenue par des islamistes turcs, et qui est soutenue par son parti ! Cette gauche-là s'est effectivement perdue.

Fild : Vous sentez-vous en rupture avec la gauche en exigeant « le rétablissement de l'ordre et de l'autorité de l’État » ?

Amine El Khatmi : Non, pas en rupture, puisque c'est cela, la gauche. Quand on est de gauche, on doit se battre pour l'ordre et l'autorité de l'État. Parce que c'est une façon de défendre les plus démunis. Qui sont les premières victimes du désordre, de l'insécurité, des voitures qui brûlent, des écoles saccagées ? Dans quels quartiers la police est-elle attaquée et les habitants soumis à la loi des caïds ? C'est évidemment dans ces quartiers populaires où sévit la précarité, où les enfants sont en échec scolaire, où les familles monoparentales sont sur-représentées, avec d'autant plus de difficultés pour faire face à la délinquance, la violence, les trafics de drogue, les rodéos... Oui, quand on est de gauche, on se bat pour ces populations les plus précaires, pour leur assurer la sécurité et le rétablissement de l'ordre.

Fild : Jusqu'à préconiser, comme vous le faites, la suspension des prestations sociales pour les parents qui ne respectent pas leurs obligations familiales ?

Amine El Khatmi : Je ne suis pas frileux sur ces sujets. Et il ne faut pas l'être : est-il normal que des enfants de 12 ou 14 ans traînent dehors à minuit ? Non, ce n'est pas normal ! Et qu'on ne vienne pas m'expliquer que c'est la faute de la police, de l’Éducation nationale, de la mairie, de l'État, du juge ou de je ne sais qui... C'est la faute des parents. Évidemment, il y a des cas exceptionnels comme celui de Samira, que je cite dans mon livre : elle élève seule ses trois enfants alors qu'elle travaille comme femme de ménage du matin jusqu'à la nuit. Bien sûr qu'on ne peut pas la culpabiliser si ses enfants échappent un soir à sa vigilance. Il faut au contraire l'aider. Mais lorsque vous avez des parents à la maison qui se contrefichent de l'éducation de leurs enfants, la société est en droit d'être ferme. Quitte à sanctionner ces parents irresponsables par la suspension des allocations familiales, évidemment .

Fild : Quelles sont les solutions pour lutter contre le communautarisme que vous dénoncez dans votre ouvrage ?

Amine El Khatmi : Je crois d'abord qu'il faut être lucide sur l'échec d'intégration d'un certain nombre de populations. C'est pourquoi je donne dans mon livre des statistiques publiques sur l'origine des populations en HLM, par exemple. Ce que je dénonce, c'est l'entre-soi. L’État porte une part de responsabilité en cela : lorsque vous regroupez dans des immeubles des gens qui partagent la même culture, du même pays d'origine, avec des enfants qui fréquentent les mêmes écoles et le même centre social, vous obtenez des ghettos et vous aboutissez au séparatisme. La solution, c'est notamment une politique de l'immobilier comme celle qui a été mise en place par la précédente municipalité de Trappes, faisant passer le taux de logements sociaux de 80 à 50 %, reconstruisant certains quartiers en introduisant un tiers de logements privés, à travers un système d'aides pour accéder à la propriété. Cela apporte un peu de mixité avec l'arrivée de classes moyennes et de professions libérales. Cela évite l'entre-soi qui conduit au communautarisme. Je propose d'essayer cette politique à l'échelle du pays .

Fild : Cela peut–il suffire ?

Amine El Khatmi : Non, bien sûr, mais ce n'est qu'une mesure parmi beaucoup d'autres, dont la création de 20.000 places de prison pour être efficace en matière de répression, et le recrutement de magistrats. Mais aussi une politique de la ville ciblée : il vaut mieux mettre le paquet sur 200 quartiers plutôt que d'en viser 1500 et n'avoir aucun résultat. Et dans ces 200 quartiers, le Printemps Républicain propose de doubler le salaire des fonctionnaires pour attirer davantage de compétences. Cela passe aussi par de grands investissements au niveau de la culture, qui doit prendre davantage de place dans l'éducation des jeunes. C'est également une politique d'immigration très stricte, en renvoyant systématiquement les immigrés illégaux, mais en même temps des mesures comme l'apprentissage obligatoire de la langue française pour tous les nouveaux arrivants. C'est par ailleurs une lutte contre « l'ubérisation » de l'économie et la fragilisation sociale qu'elle entraîne, en revalorisant les salaires de ces métiers si précaires et pourtant si essentiels, comme on l'a vu pendant le confinement : femmes de ménage, caissières, agents de sécurité, livreurs...

Fild : N'est-ce pas un peu facile à dire ?

Amine El Khatmi : C'est une question de volonté politique. Pour cela, un gouvernement peut mettre autour de la table les partenaires sociaux, les syndicats et les dirigeants des grandes entreprises. D'autant que ces dernières bénéficient de dispositifs avantageux, dont le RSE voté sous François Hollande. L’État peut donc légitimement exiger des efforts. Par exemple, que les salariés qui travaillent pour les prestataires de ces grands groupes aient les mêmes niveaux de droits sociaux et de rémunération que les agents du donneur d’ordres.

Fild : Et la politique fiscale se traduirait par de nouvelles hausses d'impôts ?

Amine El Khatmi : Pas forcément. Plutôt par un impôt plus juste, plus lissé entre les différentes tranches. Un impôt plus équitable, en somme. Je suis d'ailleurs favorable à un impôt universel, c'est-à-dire que tout le monde contribue, y compris les faibles revenus de manière symbolique, ne serait-ce que de 10 € ou 15 € par mois. Pour que chacun puisse bien comprendre l'utilité de l'impôt pour le fonctionnement de l'hôpital ou des écoles.

Fild : Pour qui le Printemps Républicain votera-t-il lors des prochaines élections présidentielles ?

Amine El Khatmi : Peut-être que nous voterons pour nous-mêmes ! En novembre, nous déciderons d'engager ou pas un candidat du Printemps Républicain. Pour l'instant, je n'exclus pas de me présenter moi-même. Mais il est trop tôt. Cela dépendra du contexte politique, très mouvant aujourd'hui. Dans tous les cas, ce sera une décision collective au sein du Printemps Républicain .

17/09/2021 - Toute reproduction interdite


"Printemps républicain" par Amine El Khatmi
© Editions de l'Observatoire
De Francis Mateo