Culture | 24 novembre 2019

AlUla, vallée des merveilles, nouvel atout du royaume saoudien

De Stéphanie Cabanne
min

« AlUla. Merveille d’Arabie. L’oasis aux 7000 ans d’histoire » est le titre prometteur de l’exposition qui se tient jusqu’au 19 janvier prochain à l’Institut du monde arabe, fruit de la collaboration entre la France et l’Arabie saoudite. Elle révèle la région d’AlUla, située au nord-ouest de la péninsule arabique, au patrimoine historique et artistique exceptionnel. Par Stéphanie Cabanne 

Dès la première salle de l’exposition, les visiteurs sont plongés dans l’atmosphère enchanteresse de l’oasis d’AlUla, longue coulée verte de palmiers dattiers serpentant entre les falaises de grès. Des dispositifs évoquent les senteurs de datte, de menthe et de citron de ce jardin posé au milieu du désert, accompagnées de chants d’oiseaux, tandis que des films de Yann Arthus-Bertrand dévoilent, vu du ciel, ce site aux couleurs ocre et rouge. La présence de l’eau - une nappe phréatique à moins de dix mètres sous terre, exploitée par de nombreux puits - a permis dès l’Antiquité la culture des oliviers, figuiers, grenadiers, orangers, de la vigne, des céréales, des légumineuses et du coton. L’eau a également fait d’AlUla une étape importante au croisement des routes caravanières, comme la célèbre « route de l’encens » acheminée, avec la myrrhe et les aromates, depuis l’actuel Yémen jusqu’aux ports de la Méditerranée.

Les royaumes de Dadan et de Lihyan qui se succèdent à AlUla entre le VIIIe et le Ier siècle av. J.C. ont livré d’importants vestiges, mis à jour par les archéologues de l’Université du roi Saoud depuis 2004 : des tombeaux et des sanctuaires sculptés dans la falaise, des sculptures monumentales figurant les rois, mais aussi près de deux-mille inscriptions gravées ou sculptées en relief dans les parois rocheuses dont quelques-unes sont présentées dans les salles. Certaines relatent les cérémonies religieuses mais la plupart sont de simples graffitis qui nous livrent une image vivante du quotidien des habitants de la vallée.

L’exposition présente ensuite les découvertes réalisées par l’équipe française qui a fouillé les dix dernières années à Hegra. Il s’agit de la capitale méridionale du royaume nabatéen, établie à AlUla au Ier siècle av. J.-C. La cité présente de nombreuses caractéristiques communes avec sa sœur aînée, Petra, les plus spectaculaires étant les quatre-vingt-quatorze tombeaux taillés dans la roche, aux façades sculptées. Les archéologues y ont trouvé de la vaisselle en verre, des perles en pierres semi-précieuses et des vêtements en coton, permettant de reconstituer les rituels funéraires nabatéens.

Intégrée à l’empire romain en 106 de notre ère, AlUla devient avec l’avènement de l’islam, en 622, une étape de la route du pèlerinage vers La Mecque. Les anciennes voies caravanières deviennent le chemin emprunté par les pèlerins qui font halte pour se réapprovisionner en eau et en nourriture. Les Ottomans y établissent en 1900 une ligne de chemin de fer reliant Damas à Médine en trois jours. Un fragment de rail, une tente et de la peinture orientaliste évoquent cette dernière période.

Carrefour d’échanges hier, l’extraordinaire site d’AlUla présente pour aujourd’hui des atouts que la monarchie saoudienne entend exploiter. Soucieuse de penser l’après-pétrole, elle mise sur cette région pour développer un tourisme laïc. Inscrite en 2008 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, AlUla est depuis quelques années au centre d’un immense projet de développement pour lequel l’Arabie saoudite a fait appel au savoir-faire français. En 2018 a été signé entre les deux pays un accord de coopération pour dix ans, accompagné de la création de l’Afalula (Agence française pour le développement d’Alula) chargée de mettre en place les structures du tourisme dans la région. Ce projet pharaonique prévoit la construction d’hôtels de luxe, de plusieurs musées et le déploiement de sculptures contemporaines dans le désert. En septembre dernier, l’Arabie saoudite a commencé à délivrer des visas de tourisme à quarante-neuf pays. Les professionnels français du secteur se réjouissent de ce tournant et mettent en avant la splendeur et la nouveauté de cette région, encore épargnée par le tourisme de masse. Certains gagent que l’arrivée des 400 000 occidentaux espérés pourra faire doucement évoluer la société saoudienne. Reste à savoir si la mauvaise image du royaume, adepte d’un islam rigoriste et très critiqué en matière de droits de l’homme, ne sera pas un frein à cet ambitieux projet.

 

Exposition AlUla, merveille d'Arabie, l'oasis aux 7000 ans d'histoire.

Institut du monde arabe

1, rue des Fossés St-Bernard place Mohammed V, 75005 Paris

Du 9 oct 2019 au 19 janv 2020

 

A lire

AlUla, merveille d'Arabie, Gallimard / IMA, 2019

25/11/2019 - Toute reproduction interdite


Inscription araméenne
DR
De Stéphanie Cabanne

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don