Economie | 16 août 2020

Allemagne : une timide reprise de l’industrie automobile

De Sara Saidi
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Avec une baisse de la production de 37% en mars et une baisse des exportations de 32% sur un an, l’industrie automobile allemande a souffert de la crise du Covid. Le léger rebond constaté ces derniers mois suite à une série de mesures visant à stimuler la consommation ne suffit pas à totalement rassurer le secteur.

                                                                                       Reportage de Sara Saidi.

Les clients font la queue sous un soleil de plomb en ce mois de juillet devant le concessionnaire automobile Das Welt Auto à Kehl en Allemagne. Etant donné la proximité  de la frontière, beaucoup de clients sont Français. « La famille s’agrandit, on a décidé de venir acheter une plus grande voiture », explique Sarah. « Mais j’achète en Allemagne, parce que j’habite en Allemagne », précise-t-elle. Dehors, un couple de Français est venu poser des questions : « On cherche une voiture, et celle qu’on aime bien est Allemande alors on est venu voir », affirment-ils. Impossible pour Jean-Luc Scheer, vendeur de voitures d’occasion, de répondre à nos questions face à cet afflux de frontaliers.

Le 4 août, l’institut de recherche économique allemande Ifo a annoncé que l’industrie automobile allemande présente des signes de reprise : « Les attentes des entreprises ont considérablement progressé pour le deuxième mois consécutif en juillet, passant à 43,7 points contre 26,9 points en juin. Les constructeurs automobiles s'attendent également à ce que leurs exportations augmentent, l'indicateur est passé à 40,8 points en juillet contre 17,3 points en juin. », indique l’institut sur son site. Cependant, si la demande a quelque peu augmenté, la situation reste encore fragile : « L’indicateur du marché était toujours négatif en juillet : il est passé de moins 81,9 points en juin à moins 65,5 points », précise ainsi Ifo.

Le secteur automobile allemand a en effet été touché de plein fouet par la crise du Covid-19. La présidente de l’Union de l'industrie automobile allemande (VDA), Hildegard Müller le confirme : « L'effondrement dramatique de la demande, l'interruption des chaînes d'approvisionnement et les arrêts de production de plusieurs semaines ont ramené la production de voitures particulières au premier semestre en Allemagne à son plus bas niveau depuis 45 ans. », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse. Selon la VDA « Au premier semestre 2020, les nouvelles immatriculations de voitures particulières en Allemagne ont chuté de près de 35% à 1,21 million de voitures. »

A Kehl, Irhad Zulum, vendeur de voitures neuves, l’a constaté : « Pendant le coronavirus nous n’avons rien vendu. Maintenant on vend davantage, mais ce n’est pas comme avant », regrette-t-il. Chez ce concessionnaire frontalier, la clientèle est à environ 50% française « alors, quand la frontière a fermé on l’a senti. » Sans compter que « pendant trois semaines les clients ne pouvaient pas venir nous parler, tout devait être fait en ligne ou par téléphone », explique-t-il. Valentin Beck est conseiller en service automobile : « On sent que les gens sont réticents en général. Vu la conjoncture, le manque à gagner concerne tout le monde. Mais, si les freins sont usés, les clients n’ont pas le choix, ils viennent par nécessité », indique-t-il.

Le gouvernement à la rescousse

Prime sur l’acquisition de voitures électriques ou hybrides, baisse de la TVA de 19 à 16% entre le 1er juillet et le 31 décembre 2020, suppression de la taxe d’immatriculation pour dix ans… Berlin a mis le paquet pour aider à la reprise d’un secteur qui, selon le bureau fédéral allemand des statistiques (Destatis), employait 830 000 personnes dans le pays en 2019. Mais pour Irhad Zulum, la baisse de la TVA est surtout avantageuse pour les voitures d’occasion : « les Français ne peuvent pas en bénéficier pour les voitures neuves », précise-t-il. « Par ailleurs pour nous c’est compliqué au niveau logistique, il faut faire un contrat spécifique pendant six mois pour revenir au contrat habituel après ». Néanmoins, « certains clients viennent juste pour bénéficier de cet avantage » reconnaît-il.

 

Pour Jürgen Matthes de l'Institut de l'économie allemande (IW), « le secteur automobile va bénéficier de la baisse de la TVA » mais il est important de soutenir l’industrie automobile dans sa globalité sans distinction entre voiture électrique et voiture thermique : « En 2009, la stimulation du secteur automobile lui avait permis de se relancer. (…) Il faudrait dabord un premier stimulus - pour revenir à la normale - et après seulement, un stimulus plus vert », affirme-t-il. Selon lui, le paramètre le plus important est celui de l’emploi : « Le taux de chômage va être un poids pour la consommation privée. Si les gens sont au chômage partiel ou complet, ils n’iront pas acheter de voiture », explique lexpert. Or, selon la VDA, « La légère reprise attendue au second semestre sera insuffisante pour éviter les pertes d'emplois, en particulier chez les fournisseurs ». Selon un article de Deutsche Welle (DW), en avril 2020, 50 % des employés de l’industrie automobile allemande étaient ou avaient été pendant un temps en travail partiel. L’Institut Ifo affirme pour sa part que l’emploi a repris dans les secteurs du service, de la construction, du commerce et de l’industrie mais précise que le secteur du commerce ne s’est pas encore entièrement remis du confinement.  Le secteur automobile, pour sa part, est affecté par la fragilité du secteur industriel.

L’électrique, un espoir ? 

La VDA se réjouit néanmoins d’une augmentation des nouvelles immatriculations de voitures électriques : « Selon l’agence fédérale de l’automobile, la proportion de véhicules électriques sur le marché global des ventes est passée à 8,6%. Cela signifie qu'au premier semestre 2020, les immatriculations ont presque doublé - malgré la crise sanitaire - pour atteindre 93 682 voitures électriques (+96%). (…) Contrairement aux acheteurs commerciaux, les clients privés représentent eux un modeste 28% des nouvelles immatriculations de voitures électriques en juin (35% du marché global des voitures). », indique l'Union de l'industrie automobile allemande. L’un des enjeux actuels du secteur automobile allemand est de réussir sa transition vers l’électrique sans perte d’emploi. Dans son rapport 2019, la plateforme nationale pour l’avenir de la mobilité (NPM) a ainsi rappelé l’importance d’une formation complémentaire et l’acquisition de nouvelles compétences pour les travailleurs, et a signalé, dans le même temps, la difficulté à former les travailleurs non qualifiés et/ou semi-qualifiés.

 

17/08/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme conduit une voiture prototype de pré-production ID.3 lors de la présentation de la nouvelle voiture électrique de Volkswagen à la veille du Salon international de l'automobile IAA de Francfort, le 9 septembre 2019.
Wolfgang Rattay/Reuters
De Sara Saidi

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