Analyses | 10 juillet 2019

Algérie : Quelles options pour le pays ?

De Cyril Garcia
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Depuis la fin de l’année 2018, des centaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues d’Alger, d’Oran, de Bejaia ou Paris pour demander la démission de leur président et la fin d’un système politique qui a pour seul pilier, depuis 2001, népotisme et corruption. Dans ce contexte de crise, Quelles solutions pour le régime ? Le point de vue de Cyril Garcia.

 

La démission, le 2 avril dernier, du président Bouteflika, avait laissé un goût d’espoir dans la bouche de milliers d’Algériens… Ce qui semble à peine avoir heurté le palais du pays le plus jeune d’Afrique, où plus de 45 % de la population est au chômage. L’arrivée de Abdelkader Bensalah, homme central des années Bouteflika, a passablement énervé et frustré une foule restée jusque-là pacifique, bien que déterminée.

Ainsi, depuis juin, les tensions s’accélèrent avec le pouvoir. L’armée, pilier du régime depuis l’indépendance, est commandée par le général Salah, le nouvel homme fort du pays. Ce dernier a accéléré les arrestations contre les opposants, dans un pays encore marqué par les « années noires ». La dernière en date a fait couler beaucoup d’encre. Samedi dernier, Lakhdar Bouregâa a été arrêté chez lui à l’âge de 86 ans, dans le quartier chic d’Hydra, à Alger. Cette arrestation est plus qu’un symbole. Cette figure de l’Armée de Libération Nationale risque 10 ans de prison pour « outrage à corps constitué, et au moral de l’armée ». L’ancien résistant a été emmené dans une caserne du renseignement militaire. Figure de l’opposition au Front de Libération Nationale, il avait participé en 1963 à la création du Front des Forces Socialistes avec Ait-Ahmed et Krim Belkacem, le principal parti d’opposition au président Ben Bella, rapidement interdit. Depuis le 2 avril, Bouregâa avait participé à toutes les manifestations appelant à un changement de constitution.

En plein tournant répressif, le général Salah a fait interdire les drapeaux kabyles dans les manifestations, menaçant selon lui, « l’unité nationale ». On sait à quel point le berbérisme et la diversité culturelle, de manière plus générale, demeurent des questions sensibles depuis 1962.

Le 26 juin dernier, 18 militants amazigh ont aussi été arrêtés pour avoir refusé d’enlever leur drapeau, symbole de leur culture et d’un certain sens de la liberté, ce qu’avait si bien compris Albert Camus dans sa série d’articles concernant la Kabylie en 1939, pour le journal « Alger Républicain ».

Si l’on ajoute les étudiants, souvent à la pointe des manifestations, pas toujours pour le meilleur, - soit dit en passant -, et des citoyens lambdas, une centaine d’arrestations ont été orchestrées depuis une semaine.

Mi-juin, 70 associations et syndicats se sont réunis pour discuter d’une nouvelle constitution et des contours d’un futur système adapté au pays et ses problématiques.

Aujourd’hui, seuls deux options sont possibles : Réforme ou répression.

La seconde option paraît la moins probable. Le pays reste en effet traumatisé par les années de guerre. De plus, on voit mal une armée issue de la conscription tirer sur des femmes et des enfants, dans un pays identitairement homogène. Cela ne veut pas dire pour autant que l’armée rentrera sagement dans les casernes.  Si la question islamiste est pour le moment à écarter, l’éternelle suspicion d’une main étrangère derrière cette crise dans un pays très nationaliste reste encore une carte à jouer pour le régime.

Les réformes institutionnelles semblent donc la réponse la plus probable. Mais elles seront plus longues que prévues. Les derniers caciques du régime, Salah, les dirigeants de la Sonatrach veulent des garanties. L’opposition, très divisée et sans tête de file, reste quant à elle très déterminée.

 

02/07/2019 - Toute reproduction interdite

 


Des manifestants portent des drapeaux algériens et amazighs lors d'une manifestation demandant le retrait de l'élite dirigeante à Alger, Algérie le 21 juin 2019.
Ramzi Boudina/Reuters
De Cyril Garcia

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