« Il est habituel, aujourd´hui d´entendre dire que l´islamisme en Algérie, a été vaincu. Il faut néanmoins nuancer cette affirmation. Certes, le terrorisme islamiste a été militairement anéanti. Mais il a survécu idéologiquement sous d´autres formes encore plus dangereuse et sournoise. » affirme le sociologue Omar Benbakhti.  L´islamisme s´est régénéré, il a muté. Plus résistant, il multiplie les formes de propagande pour imposer son idéologie. Pour soumettre théologiquement l´algérien, les salafistes, (principalement l´ex électorat du parti du Front Islamique du Salut (FIS) dissous et interdit, le 4 mars 1992),  ont investi le terrain du social, l´éducation et les mosquées. Analyse de Bouziane Ahmed Khodja

Les mutations sociales vécues par la société algérienne sont la preuve que l´islamisme a conquis ce pays la fleur au fusil, sans guerre ni conflit armé. Depuis, les salafistes algériens contrôlent le marché informel, ventes et achats sans factures, sans honorer le paiement des impôts. Ils dirigent les plus grandes entreprises d´importation de produits asiatiques. Ils sont les propriétaires de la majorité des petites et moyennes industries. « Le montant des transactions commerciales non facturées communiqué par le ministère algérien du commerce pour le compte de l'année 2017 représente près du double du bilan établi un an plus tôt. Il s'élève à 116,45 milliards de dinars, c´est à dire près de 1,10 milliard de dollars, en 2017 contre 59,3 milliards de dinars en 2016. » déclare le Docteur en économie Abderrahmane Mebtoul.

Le réseau tissé par les islamistes entend se substituer à l´état dans la gestion des œuvres sociales, terrain de prédilection des salafistes pour la prédication. Ainsi, ils renforcent leurs rangs par milliers. Et l´État algérien, de son côté, contribue inconsciemment au renforcement des bases islamistes par des décisions qu´il juge populaires et proches des convictions nationales. Depuis 2008, plus de 4.000 mosquées ont été construites et plus de 3.000 bars et commerces de débit de boissons alcoolisées ont été fermés. Le lit de l´Islamisme salafiste, voire wahhabite est fait.

Cet été 2018, pour la première fois, les citoyens algériens d´une vingtaine de villes et non des moindres, toutes des chefs-lieux de Wilayas, (Oran, Constantine, Ouargla, Béchar, Béjaïa, etc) ; se sont opposés à la célébration de soirées musicales sur les places publiques. Un nouveau Modus-operandi a été inventé pour ne pas affronter les forces de l´ordre. Les citoyens de la région ont investi les places publiques avant la tenue des concerts et se sont alignés pour faire la prière. La place où le concert devait se produire est ainsi devenue une immense mosquée à ciel ouvert.

Après avoir squatté plusieurs plages, les unes réservées aux femmes et enfants et les autres aux hommes, les investisseurs salafistes ont ouvert en juillet dernier les trois premiers complexes touristiques islamistes, où, il est évidemment de règle pour les femmes d’être vêtues d’hidjabs et pour les hommes des kamis. La musique y est interdite, seules les soirées de récitation du coran sont permises. Tout cela avec la bénédiction de l´État algérien, qui « achète la paix » avec les salafistes avec des concessions sans cesse grandissantes.

Le ministre des affaires religieuses algérien Mohamed Aïssa, part en guerre contre les courants jugés étrangers à la tradition musulmane algérienne où domine la doctrine Malékite sunnite. Des centaines d´adeptes des courants de diverses voies sont purement persécutés dans le pays : ceux de la Ahmadia (mouvement parti du Pendjab indien et qui a apparu en Algérie à partir des 1990), ceux des Coranistes, un courant de pensée où le Coran est accepté comme révélation divine, rejetant la Sounnah du prophète Mohamed, ou encore les fidèles du Medkhalis, mouvement religieux salafi wahabite, né en Arabie Saoudite, se voulant très radical.

Mohamed Aïssa nous a affirmé en substance : « Ce n’est un secret pour personne, des islamistes radicaux (en parlant des Medkhalis ndlr) tentent sans cesse de s’emparer des mosquées de la république et de contrôler les pupitres. Ces individus ont réussi à infiltrer des groupes qui paraissaient pourtant pacifistes. Ils sont à l’origine de la mort de deux imams, ils en ont blessé et insulté des dizaines d’autres qui ne partageaient pas leurs idéologies ».

En fait, le pouvoir algérien tolère le Wahabisme, pourtant nocif pour la société, et courtise les salafistes pour essayer de récupérer les deux millions d´islamistes ex-votants du parti islamiste dissous, le FIS. Une masse qui gonfle le taux d´abstention à chaque rendez-vous électoral. Cependant, ces vœux vont au-delà de l´aspect politique, le gouvernement fait du pied depuis plus de deux ans aux fortunes salafistes pour tenter d´introduire dans le circuit bancaire le milliard de dollars qui lui échappe et dont il a besoin pour renflouer les caisses du Trésor.

18/09/2018 - Toute reproduction interdite


La salle de prière se trouve sur le chantier de construction de la nouvelle Grande Mosquée d'Alger, Djemaa El Djazair, construite par la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC).
De Bouziane Ahmed Khodja