Après le séisme provoqué par l´affaire de saisie des 701 kgs de cocaïne, le 29 mai dernier, l´onde de choc semble occasionner une fracture encore plus grande au cœur de l´économie algérienne. Une enquête est ouverte sur un certain nombre d´hommes d´affaires algériens, dont une bonne partie sont associés ou travaillent avec de grands groupes français.

Une tempête souffle sur l´économie algérienne qui n´épargne désormais plus aucune entreprise privée dans le pays. Le maître d'œuvre de la recomposition politique et chef d´orchestre de la « moralisation de la vie publique », en l´occurrence l´armée, tente d´isoler la politique des finances, c´est à dire de l´argent sale. D'après plusieurs sources, serait posée la question des financements des politiques et de la corruption, mais surtout des transferts illégaux de devises ainsi que le blanchiment d´argent.

L´enquête est entamée par deux pôles de police judiciaire, les gendarmes et les agents de la sécurité intérieure. Les enquêteurs tentent de décrypter le « Shadow banking » des hommes d´affaires comme le Président du Forum des Chefs d´entreprise, le patronat algérien, Ali Haddad. Ils enquêteraient sur les marchés financiers parallèles, les transferts illégaux de devises et les fraudes fiscales qui ont servi à l´achat de biens en Europe. Ces finances de l´ombre ont en effet transformé l´Algérie en une sorte de Casino de plus de deux millions de kms carrés, facilitant le blanchiment de l´argent sale.

Qui sont les personnes ciblées ? Selon une source haut placée au sein de l'administration algérienne, il faudrait les chercher dans les soutiens de la présidence. Parmi les poids lourds de l´économie privée en Algérie, des noms tels que le groupe Moussa Benhamadi, les Kouninef et bien d´autres sont les Loriots - du nom de l´oiseau au chant reconnaissable mais très rarement visible - qui garnissent la blacklist qui risque de faire vaciller le monde des affaires dans ce pays, d'ici l´automne prochain, période qui coïncide avec l´élection du nouveau président et de son bureau au sein du patronat algérien, le FCE...

Lequel s’est empressé d’ailleurs, après avoir pris connaissance de ce projet hostile à son encontre, en France, le 10 juillet dernier, pour y rencontrer non seulement le président fraichement installé du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, mais aussi le ministre de l´économie et des finances Bruno Lemaire, et la présidente de la région Ile de France et ancienne ministre, Valérie Pécresse...

D'autres sources confidentielles affirment que la liste des hommes d´affaires concernés par cette enquête aurait été volontairement « caviardée », des noms enlevés, pour sauvegarder les intérêts de certains généraux. Si jusqu´ici, les entreprises françaises se sont montrées peu curieuses de cette affaire contrairement aux sociétés américaines, elles pourraient avoir à payer la facture d'une nouvelle recomposition politique en Algérie.

Selon ces mêmes sources, des menaces pèseraient sur plusieurs d´entre elles, soit par le biais de leurs associés locaux, voire à travers des accusations de fraude fiscale. Il est à rappeler que les entreprises tricolores sont mal perçues par les militaires algériens, bien souvent alliés naturels des Chinois, des Russes, des Turcs ou des pays Arabes...

18/07/2018 - Toute reproduction interdite.


Des employés de la ville algérienne installent des drapeaux algériens et l'affiche du président Abdelaziz Bouteflika dans les rues avant les élections législatives à Alger, Algérie 26 avril 2017
De Bouziane Ahmed Khodja