Alain Ernoult a été le premier photographe à voler avec la Patrouille de France. Ancien correspondant de guerre et véritable aventurier des temps modernes, il consacre aujourd’hui son talent à photographier la beauté de la nature et la vie animale.

Entretien conduit par Marie Corcelle      

Fild : Comment avez-vous débuté votre carrière de photographe ?

Alain Ernoult :
Je travaillais à l’usine à Évreux. À 17 ans, je suis parti en auto-stop pour rejoindre les Dogons au Mali, pour leur amener de la Nivaquine, car j’avais vu qu’ils mourraient du paludisme à la télévision. J’ai commencé à voir le monde de cette manière. Quand je suis rentré en France, j’ai acheté un appareil photo, j’ai appris tout seul, et je suis reparti deux ans en stop. C’est comme ça que j’ai commencé.

Fild : Vous avez été correspondant de guerre, quel est le premier conflit que vous avez couvert ?

Alain Ernoult :
Je couvrais le conflit qui opposait le Tchad à la Libye, en avril 1987. Le pays était alors fermé à la presse, suite à un accord avec la France. Je me souviens qu’un correspondant de l’agence de presse Sygma avait appelé l’agence en PCV depuis la capitale. Il s’est fait repérer puis expulser. Je me suis donc retrouvé à Ouaddi-doum, ville où les Tchadiens avaient pris un terrain d’aviation aux Libyens. La France était alliée au Tchad, et j’ai réussi malgré les interdictions à me faire embarquer dans un avion de l’Armée de l’air française. Il y avait des vents de sable, on volait en rase-motte, et l’on n’avait aucune idée de ce qui nous attendait là-bas, s’il y avait des missiles ou des roquettes. J’avais pris un appareil très compact et très discret, car il était interdit de prendre des photos. J’ai été le premier et le seul à en faire, et Paris Match a publié mon reportage sur 8 pages. Ça a été un scoop.

Fild : Qu’est-ce qui fait un grand reporter ?

Alain Ernoult :
Un grand reporter c’est quelqu’un que l’on peut parachuter partout dans le monde avec les yeux bandés, qui peut trouver un sujet à faire et que les solutions pour y parvenir. C’est l’adaptabilité.


Fild : Que vous évoque le terme de syndrome post-traumatique ?

Alain Ernoult :
J’ai vu des choses très dures. Mais j’ai toujours été très respectueux, car je n’ai jamais voulu photographier la mort ou la misère pendant la guerre. Beaucoup d’images de ce genre circulaient déjà. J’étais tout le temps dans l’action, dans le mouvement, j’allais toujours devant. À partir du moment où les photos étaient faites, pour moi c’était fini, et je passais à autre chose. C’est ce qui m’a sauvé je pense.

Fild : Pourquoi cette passion pour l’aviation ?

Alain Ernoult : C’est une forme de liberté, car on a une dimension supplémentaire, la 3D. Et j’ai commencé à m’y intéresser après être rentré du Mali. Il y avait un meeting aérien à Évreux avec des avions de voltige, et j’ai réussi à me faire embarquer sur un vol. Il était très rare à l’époque de pouvoir photographier de telles actions depuis l’intérieur. Bon, l’obturateur du Nikon a explosé en vol à cause des accélérations de l’avion, mais j’ai ramené les photos ! Je me place au cœur de l’action pour la faire partager aux lecteurs.
Par la suite, je suis allé voir l’Armée pour leur dire que je voulais faire des photos avec la Patrouille de France. On m’a dit ‘’ Monsieur, personne n’a jamais volé avec la Patrouille de France, il n’en est pas question ‘’. Et je les ai tellement harcelés qu’ils ont autorisé ma présence sur vol au bout de huit mois ! Je me suis retrouvé à bord d’un Alpha Jet, et cela a été un peu difficile. Le casque sur la tête, le masque à oxygène sur le visage, impossible de coller le viseur de mon Nikon contre mon œil et de cadrer correctement. Entre mon masque et le cockpit, il n’y avait que vingt centimètres d’espace. La plus grosse difficulté a été de changer les films en vol. Il faut pencher la tête, on se prend des G, il ne faut pas que le film tombe car ça peut être dangereux. Finalement, j’ai fait un joli travail, et le reportage s’est bien passé. Au début les pilotes ont été un peu durs, il se sont dit que j’allais vomir et qu’ils allaient devoir se poser rapidement. Nous avons atterri après une heure et demie de vol. Finalement, les pilotes m’ont accepté. Geo a publié 15 pages, et mon reportage a aussi été publié dans Life.

Fild : D’où vous vient ce surnom de ‘’No Limit ‘’ ?

Alain Ernoult : Les journaux m’ont souvent appelé ainsi, car j’avais beau me retrouver dans n’importe quelle situation, je ramenais toujours les photos. J’ai eu quelques accidents, mais je n’avais pas peur. Je suis même allé photographier un sous-marin en train de tirer une torpille. J’étais parti avec les commandos marine, à 30 mètres. Je n’avais jamais fait de plongée de ma vie, je me suis retrouvé avec de l’eau dans le masque, et je n’ai jamais vu la torpille ! Mais j’ai quand même fait une bonne photo. J’avais un côté un peu casse-cou, mais je me calme maintenant ! J’y allais parce que c’était l’époque qui voulait ça, on ne se posait pas de questions.

Fild : Vous orientez maintenant principalement votre travail à destination de la nature et de la vie animale. Pourquoi ?

Alain Ernoult : Je pense que les photographes ont la chance de pouvoir sensibiliser un peu de monde. On a un rôle à jouer dans ce qui se passe sur la planète aujourd’hui, ça fait partie de notre mission. J’essaye de faire des choses qui peuvent servir, et je viens de finir un gros travail sur les animaux en voie de disparition, La sixième extinction : Le règne animal en péril, aux éditions E/P/A.

21/04/2021 - Toute reproduction interdite


La sixième extinction, le règne animal en péril, par Alain Ernoult
© Alain Ernoult - Editions E/P/A
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