International | 15 août 2020

Accord entre Israël et les Émirats : l’espoir d’une nouvelle dynamique ?

De GlobalGeoNews GGN
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Le 13 août dernier, Israël et les Emirats arabes unis ont annoncé un accord de normalisation de leurs relations. Notre correspondant en Israël Bruno J. Melki nous explique en quoi cet accord pourrait bousculer la dynamique régionale.

Il y a quelque chose d’ahurissant dans les titres et sous-titres des journaux annonçant l’accord de paix entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU). CNN titre sur un problème de chevelure de leur président et d’une douche susceptible de le régler tandis qu’un flash reporte cet accord avec quelques lignes avec désinvolture. Le New York Times publie un grand reportage : « Netanyahou retire subitement son plan troublant d’annexion pour un gain diplomatique » alors qu’un autre article, plus court,  parle d’un accord entre Israël et les EAU. Le Figaro titre la colère des Palestiniens et dénonce, en écho aux dirigeants de l’autorité palestinienne, une trahison, ni plus ni moins. Le Monde parle d’une convergence entre Israël et les EAU qui brise un consensus Arabe et Haaretz titre que le Premier ministre Israélien a renoncé à l’annexion, et questionnant à haute voix «  quand son électorat renoncera à son Premier ministre ».

Pourtant, cet accord en quelque sorte boudé par la stratosphère médiatique est historique pour plusieurs raisons.

C’est la première fois qu’un état arabe non limitrophe à Israël signe un accord de paix, ou plus exactement un accord de reconnaissance et de normalisation, avec l’État hébreu. Le manque de relations diplomatiques entre ces deux pays était dû à une conception en vigueur depuis les débuts du sionisme contemporain : un refus catégorique du monde Arabe de reconnaître le moindre droit du peuple Juif à l’autodétermination sur sa terre ancestrale. Jusqu’à aujourd’hui, les seuls pays Arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël ont été l’Égypte et la Jordanie, pays limitrophes d’Israël, qui, outre une volonté de faire la paix, avaient aussi des intérêts territoriaux et économiques évidents contrairement aux EAU. Ce front de refus a été brisé par un état n’ayant pas d’autres intérêts que ceux de la normalisation.

Cet accord remet en cause l’équation qui mettait les Palestiniens au centre de la solution qui permettrait une normalisation entre Israël et le monde en général, et plus particulièrement le monde Arabe. Les relations d’Israël sur la sellette internationale ont été bardées de ces bâtons de dynamite qui pouvaient exploser à chaque tentative Israélienne de vivre comme tous les autres pays, que ce soit dans les relations économiques, académiques, militaires ou même sportives. Cette normalisation délivrera peut-être certains pays d’Europe de l’Est par exemple, des maux que ces derniers ont avec les restrictions de leurs alliés quant à Israël.

Le principe sur lequel travaille Netanyahou depuis des décennies afin d’établir une équation de « paix contre paix » à la place de l’équation de « paix contre territoires » a définitivement pris place dans le débat international sur le conflit. Évidemment, les partisans de la définition d’Israël comme étant un état voleur devant uniquement restituer ce qu’il a confisqué ne voient pas ce changement d’un œil complaisant. Mais selon Netanyahou, il faut pouvoir reconnaître le bien-fondé des revendications israéliennes et pas seulement de celles des Arabes afin de pouvoir régler le conflit. Des pourparlers fondés sur cette réalité ont, selon cette philosophie, plus de chance d’aboutir à une paix durable et équitable. L’accord qui vient d’être signé donne un coup de pouce à cette politique, déjà adoptée par l’administration Trump et semble faire bouger un immobilisme politique qui ne fait de bien à personne.

Cet accord balaye les doutes émis sur les derniers changements de la politique Américaine au Moyen Orient : l’annulation de l’accord avec l’Iran, le transfert de l’ambassade Américaine à Jérusalem, la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, la revendication de la souveraineté israélienne sur des parties des territoires de 1967, la condition préalable de la reconnaissance de l’État d’Israël en tant qu’état Juif aux pourparlers entre Israéliens et Palestiniens. Tous ces éléments que les diplomaties occidentales condamnaient et décrivaient comme contre-productifs avaient été définis par Israël et les État Unis comme étant des gestes qui nous rapprocheraient de la paix. Selon les rumeurs qui circulent en Israël, les EAU sont le premier d’une liste de pays Arabes qui devraient normaliser leurs relations avec l’État hébreu.

Ceux qui ont immédiatement compris le potentiel de cet accord sont les Israéliens qui recherchent toujours des fonds pour leurs idées innovatrices, et les Émirats qui recherchent toujours des idées à financer. Ce rapprochement entre Israël, situé à la charnière de l’Orient et de l’Occident et des EAU donne l’espoir de voir une dynamique régionale différente de celle qui est malheureusement  en vigueur depuis trop d’années.

En attendant, les blogueurs et les agences de voyages des deux pays ont déjà publié que le prix de la bière à Abou Dhabi est le même qu’à Jérusalem.  On peut alors s’étonner de la froideur avec laquelle cet accord a été reçu dans les chancelleries occidentales.

16/08/2020 - Toute reproduction interdite


Les drapeaux nationaux d'Israël et des Émirats arabes unis flottent le long d'une autoroute suite à l'accord visant à formaliser les liens entre les deux pays, à Netanya, en Israël, le 17 août 2020.
Nir Elias/Reuters
De GlobalGeoNews GGN

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