Culture | 20 mai 2021
2021-5-20

À Valencia, LREM sacrifie la culture française

De Francis Mateo
4 min

En condamnant l’Institut Français de Valencia à la quasi-fermeture, le gouvernement ne commet pas seulement une faute contre la francophonie. Il anéantit les bénéfices économiques d'une politique culturelle bâtie depuis plus d'un siècle. C'est le signe supplémentaire d'un pouvoir et d’une majorité présidentielle déconnectés des réalités du terrain

Par Francis Mateo (en Espagne)

L'affaire a été débattue au Parlement régional de la Communauté autonome de Valencia, où les élus ont délaissé un temps leurs discussions et dissensions politiques pour réclamer le maintien de l'Institut Français de Valencia (IFV). Une déclaration d'amour publique à la langue et la culture françaises - et la nécessité de les faire vivre en Espagne - également signée par le maire de Valencia, Joan Ribó.

Un appel quasiment unanime repris dans toute la région espagnole par les recteurs et professeurs des universités de Valencia, Castellon, Vall d'Uixo et même Alicante.

Le renoncement du gouvernement français est donc d'autant plus choquant, car le ministère des Affaires Étrangères (MAE) persiste dans sa décision de réduire comme peau de chagrin les activités de l'IFV, sous prétexte que l'Institut était en déficit (de 5.000 € selon la conseillère consulaire Annick Valldecabres !) en 2019, et qu'il n'a pu équilibrer ses comptes depuis. C’est une très mauvaise blague après la période de pandémie. Quand bien même : cette décision contestable indique clairement que la culture française doit être immédiatement rentable pour exister. Ce qui laisse planer une menace directe sur une multitude d'instituts français dans le monde.

« La première victime, c'est la France elle-même », estime Francisco Álvarez Molina. Cet économiste franco-espagnol se dit « blessé » par la fermeture de l'IFV : « Je pense que ceux qui ont pris cette décision n'ont aucune conscience de ce que représente l'Institut Français à Valencia, ils n'y sont sans doute jamais venus et ils ignorent la dimension culturelle, sociale et économique de cette institution ! ».

Même les milieux d'affaires se sont émus dans cette région où la francophonie et les échanges culturels avec la France sont très importants : « Évidemment, cet abandon va se traduire par un recul de la langue et de la culture française à Valencia, mais cela va aussi pénaliser le poids économique de la France dans la troisième région d'Espagne, où un grand nombre de chefs d'entreprises espagnols ont tissé des liens à travers l'Institut Français », ajoute l'ex-Directeur Général d'Économie du Gouvernement de Valencia.

La culture française réduite à un « tiroir-caisse »

La méconnaissance de ces réalités est incarnée par la députée des Français de l'Étranger Samantha Cazebonne, qui n'a d'ailleurs pas été beaucoup vue à Valencia au cours des quatre dernières années, selon la conseillère consulaire Annick Valldecabres. Le 7 mai dernier, la députée LREM écrivait d’aileurs en substance qu'elle n'était pas au courant de l'affaire et qu'elle allait se renseigner. Stupéfiant !

Depuis : aucune nouvelle. L'un de ses compagnons de route tente de justifier la disparition de l'IFV en soulignant le maintien des « aspects commerciaux de l'Institut Français de Valencia ». En d'autres termes, dans le bâtiment - appartenant d'ailleurs au MAE - qui abrite aujourd'hui une médiathèque francophone, des espaces de conférences dédiées à la culture française et des salles de classes de français, il ne restera plus qu'un « tiroir-caisse » pour facturer les validations des diplômes de langue !

Voilà à quoi se résume la conception « macronnienne » de la culture française à l'international. Sans parler du renvoi des 26 professeurs de français dont les contrats étaient déjà douteux (lire notre article : « La LREM liquide la culture française à Valencia »).

La condamnation la plus cinglante de la fermeture de l'IFV vient de Francisco Álvarez Molina, cet espagnol qui a choisi la nationalité française : « Il est très difficile de comprendre que la France ait pu prendre une telle décision et continuer de dire que c’est le pays de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, valeurs que je porte au plus profond de moi et que la culture française m’a transmises ».

Contactées sur le sujet, ni les autorités compétentes - dont Jean-Michel Casa, ambassadeur de France en Espagne - ni la députée Samantha Cazebonne n'ont répondu. En attendant de voir quels seront les effets de la pétition (près de 10.000 signatures) envoyée à Emmanuel Macron, dont la triste sentence « Il n'y a pas de culture française, il y a une culture en France » apparaît aujourd'hui comme un avertissement.

Après la fermeture de l'institut français de Norvège l'an dernier, ceux de Bilbao et Saragosse sont désormais dans la ligne de mire des snipers comptables du MAE. Combien d'autres institutions dans le monde subiront le même sort ?

Le réseau international des établissements d’enseignement en français, géré par la très « opaque » AEFE, est lui aussi soumis depuis des années à cette même logique de rentabilité, avec un désengagement constant de l’État. Même les supposées « aides Covid » ont été octroyées pour trois-quarts sous la forme d'un prêt... que rembourseront les parents d'élèves par une augmentation des frais de scolarité.

Qu'on ne s'y trompe pas : les 3,5 millions de Français de l'étranger ne sont pas les seuls concernés par cette politique d'appauvrissement culturel. Car la perte d'influence culturelle aura forcément des conséquences économiques et politiques pour la France.

« Après moi le déluge », semble dire le silence coupable des élus qui défendent cet abandon de la culture française dans le monde.

20/05/2021 - Toute reproduction interdite


Un concert organisé à l'Institut Francais de Valencia en 2018
© Institut Français de Valencia / Facebook
De Francis Mateo