Analyses | 26 mai 2021
2021-5-26

À Valencia, les représentants de LREM persistent dans la lâcheté culturelle

De Francis Mateo
5 min

Mépris ou désinvolture ? Les représentants de l'État et les élus macronistes refusent de donner la moindre explication sur la fermeture de l'Institut Français de Valencia. Une décision qui illustre le manque d'ambition culturelle de la majorité présidentielle

Par Francis Mateo (en Espagne) 

Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères : absent ! Son Secrétaire d'État Jean-Baptiste Lemoyne : absent ! Jean-Michel Casa, Ambassadeur de France en Espagne : absent ! Anne Louyot, Conseillère culturelle en Espagne : absente ! Samantha Cazebonne, députée LREM de la 5ème circonscription des Français de l'étranger : absente ! À l'heure de répondre sur la liquidation de l'Institut Français de Valencia (IFV), tous ces représentants de la République brillent donc par leur absence. Tout juste Samantha Cazebonne consent-elle à nous adresser une phrase qui résonne comme un arbre creux : « Je me suis battue pour obtenir des moyens pour la culture et l'éducation dans ma circonscription, quant à la manière de les répartir, cela ne m'appartient pas ». On se demande bien de quels « moyens » il s'agit, et l’on s'interroge sur la notion de « répartition » concernant la suppression d'un institut (licenciements compris !). On en vient fatalement à se demander à quoi servent des élus et fonctionnaires qui se défilent lorsqu'on les interroge sur leurs responsabilités. La politique n'est-elle devenue qu'une façon de faire carrière en satisfaisant son ego ? La désinvolture de cette élite dans la disparition de l'IFV est en tout cas un signe évident de cette dérive : impossible d'obtenir des explications sur la disparition d'une institution française active depuis 1888 dans la troisième ville d'Espagne.

La fermeture de l'Institut Français de Valencia est pourtant un coup dur contre la francophonie et la culture française à l'international. Un sale coup dénoncé de toutes parts, y compris par le monde universitaire et politique de Valencia, et jusque dans la presse espagnole. En face : le silence du ministère des Affaires Étrangères (MAE) est tonitruant. Le gouvernement et les élus de LREM traitent avec le même mépris les demandes d'éclaircissement des sénateurs Ronan Le Gleut, Jean-Yves Leconte et Evelyne Renaud Garabedian (respectivement affiliés au LR, PS et ASFE). Quand ils ne tentent pas de discréditer, à travers les réseaux sociaux, ceux qui osent critiquer la suppression de l'IFV sous prétexte « d'électoralisme ». « Le fait d'être en campagne pour les élections consulaires interdirait donc toute critique de la majorité présidentielle », ironise l'écologiste François Ralle Andreoli, en tête de la liste « Agissons Ensemble » à Valencia. Ce représentant d'Europe Écologie Les Verts (EELV) se dit « choqué par la disparition annoncée de l'IFV ». Mais ni lui ni son groupe parlementaire n'ont reçu -non plus- de réponse de la part du gouvernement ou de la députée Cazebonne.

Petits (et mauvais) calculs entre amis

Au-delà de l'Espagne, c'est l'avenir de la culture française à l'international qui est en jeu. Car le mutisme du MAE laisse penser que cette fermeture de l'Institut Français de Valencia correspond à une stratégie plus globale, et d'autres Instituts pourraient subir le même sort. Les objectifs définis dans le projet de Finances de 2019 sur ce plan ne portent d'ailleurs pas à l'optimisme, puisqu'ils prévoient une réduction de la masse salariale du MAE à l’étranger de 10% d’ici 2022, au titre des gains de productivité. Et la suppression des 26 postes d'enseignants à l'Institut Français de Valencia (mais aussi des activités de conférences et d'échanges francophones, à travers notamment la suppression de la médiathèque) coïncide avec cette stratégie de rabotage de la culture française. On est loin d'une politique ambitieuse pour le rayonnement culturel français dans le monde !

Pour le coup, l'argument avancé après les représentants de LREM a un effet boomerang, puisque ce choix s'apparente étrangement à un petit calcul électoraliste, à moins d'un an des élections présidentielles : tailler dans les dépenses là où les coupes seront le moins visibles. Mais c'est surtout un mauvais calcul économique, selon l'observatoire de la francophonie, car « le partage du français est créateur de valeur : près de 18% de flux commerciaux supplémentaires en moyenne entre deux pays de l’espace francophone et un gain de 4,2% de richesse par habitant en moyenne » (1). Réduire les moyens de la francophonie et des activités culturelles françaises à l'international, c'est donc aussi appauvrir la France, au-delà bien sûr des valeurs morales que l'on délaisse. Débattre avec Jean-Philippe Toussaint ou découvrir une œuvre de Gaël Faye à l'Institut Français de Valencia est pourtant moins coûteux que d'accueillir des Youtubeurs à l'Elysée ; et c'est à coup sûr d'une valeur ajoutée culturelle incontestable. Même s'il se trouvera toujours des petits soldats de la « Macronie » pour tenter de convaincre du contraire.

(1) http://observatoire.francophonie.org/le-francais-langue-de-communication-et-des-affaires/le-francais-un-atout-economique/

A lire aussi : https://fildmedia.com/article/fermeture-de-l-institut-francais-de-valencia-j-accuse

26/05/2021 - Toute reproduction interdite



© Institut Français de Valencia (Capture d'écran Facebook)
De Francis Mateo