Deux ans de harcèlement. Jusqu'à la mort d'une adolescente. Deux ans qui, j’espère, empêcheront ceux qui ont volontairement fermé les yeux de dormir pendant les années à venir.

La chronique de « Mila en liberté »

Pendant deux ans, des élèves ont étudié et mené une vie tranquille tandis que d’autres ne pouvaient plus mettre un pied dans leur établissement sans craindre le mépris, les injures répétitives et l’insécurité qu’ils allaient vivre. Tous les jours.

Au cours de ces deux ans, Dinah a changé de lycée. Elle allait mal, mais elle restait résiliente, forte. Et elle avait au moins la chance d’avoir une très belle famille, d’être entourée de personnes qui l’aimeront à jamais.

Après deux ans, tandis que ses camarades de collège, toujours impunis, se donnaient une joie de s’acharner sans se lasser sur tout ce qu’elle était, elle s’est donné la mort dans sa chambre.

Est-ce que le débat sur le harcèlement sera relancé à chaque fois qu’il y aura une nouvelle vie enlevée ?

Et puis merde ! Le monde va mal à ce point ?

L’hypocrisie et la cruauté malsaine de certains sont si importantes aujourd’hui pour qu’on puisse encore, en 2021, débattre de la légitimité d’un harceleur , ou de ce qu’il faut faire pour que cela cesse ?

Pourquoi est-ce qu’il est si compliqué de faire comprendre aux générations qui précèdent la nôtre que des affiches « non au harcèlement » à moitié déchirées sur les vitrines de l’infirmerie ne changeront jamais le fait que des enfants ne trouvent plus d’autres solutions que de renoncer à la vie ?

Dans deux ans, plus personne n’en parlera.

Il y aura eu, entre temps, des centaines d’autres victimes qui auront perdu l’entièreté de leurs espoirs, dont l’histoire ne touchera les gens qu’une fois que le drame se sera produit.

Et puis quoi ? On connaît très bien la suite, dans le fond, si rien ne change. Puisqu’aujourd’hui, il y a toujours un « prétexte » pour ne pas défendre une personne ou lutter contre ses détracteurs.

« Fermer les yeux, c’est être complice »

Les filles qui l’ont harcelée sont des adolescentes. Des jeunes filles qui avaient sûrement le même âge que Dinah.

Et ce sont elles qui l’ont tuée.

Et avec la complicité du lycée, elles ont aussi tué une maman, un grand frère.

Une famille.

N’importe qui peut être dangereux, n’importe quelle personne peut en détruire une autre, voire beaucoup d’autres, tant qu’on la laissera penser qu’elle en a le droit et que, de toute façon, ce n’est pas grave... en ne faisant rien ou en inversant la charge de la culpabilité.

Soyons « woke », « éveillés », mais pour de bonnes raisons et des causes justes.

Fermer les yeux, peu importe la distance, c’est être complice. Ne l’oublions jamais.

Je n’ai pas les mots pour m’exprimer davantage. C’est une immense colère que je ressens.

Aucune pensée, aucune prière ne peut ramener ce qui n’est plus là ; alors tout ce qu’il reste, c’est le combat.

Le combat d’une mère et de toute une famille pour obtenir la justice que Dinah mérite.

Le combat de rendre honneur à des innocents, et j’espère que nous sommes bien plus nombreux que je ne peux l’imaginer.

N’oublions jamais la jolie Dinah et la vie qu’elle méritait.

Mila.

27/10/2021 - Toute reproduction interdite


Victime d'injures racistes et homophobes, Dinah âgée de 14 ans, a mis fin à ses jours le 5 octobre 2021.
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