Société | 4 juillet 2019

A Barcelone, un collectif contre la criminalité

De GlobalGeoNews GGN
min

Dans un contexte de hausse de la criminalité à Barcelone (+14,5% en 2018), des habitants ont créé un collectif pour rassembler les Barcelonais contre la délinquance. Par Marine François et Charles Thomé

 

C’est au septième étage d’un quartier résidentiel de Barcelone que vivent deux expatriés. Mery Peña est colombienne et Roger Maddocks est anglais. Tous deux se rappellent leur première impression de Barcelone «  Lorsque je suis arrivé en 2011 à Barcelone, j’ai été choqué par le nombre de vols à la tire » confie Roger, assis sur la terrasse de son appartement non loin de la Sagrada Familia. « Je vivais dans le Barrio Gotic, le quartier le plus touristique de la ville. J’entendais les gens crier après s’être fait voler par des pickpockets, et j’en ai moi-même été la victime. »

Habitué au sens communautaire de sa petite ville d’origine, Roger a alors décidé de créer un groupe Facebook en 2014, Barcelona Residents Against Robbery (« les Résidents de Barcelone contre le vol », en français). « Je souhaitais créer une cohésion entre voisins pour se prévenir en cas de problème ». Il décide ensuite d’ouvrir son groupe à une plus large audience pour prévenir la délinquance. A l’époque, seules 65 personnes ont rejoint le groupe et le projet a vite été abandonné.

La seconde naissance du groupe

4 ans plus tard, Mery et Roger constatent la recrudescence de témoignages concernant des vols dans leurs groupes d’expatriés sur Facebook. Les chiffres le confirment : en 2018, les vols sont en augmentation de 16,8% d’après les statistiques officielles. Mais pour Mery, le problème ne s’arrête pas là, les voleurs sont de plus en plus violents : « Il n’est pas rare de risquer de se faire planter par un couteau pour un sac à main que l’on ne donne pas.». Roger décide alors de réutiliser son groupe Facebook en février 2019: c’est la deuxième naissance. « C’est parce que Barcelone est la plus belle ville du monde que nous souhaitons changer l’expérience que les touristes en ont » commente Mery.

En quelques mois à peine, les membres se multiplient. De 65 à plus de 9 000 en juin 2019. Mais avec le succès, il est devenu plus difficile pour Roger de gérer le groupe. « Je travaillais à temps plein, puis je passais 7 heures à modérer les publications et les commentaires. J’ai alors pris une année sabbatique, j’ai crée notre page sur tous les réseaux sociaux et je me suis entouré d’un équipe de bénévoles ».

Le fonctionnement du groupe et les patrouilles

Une fois inscrite sur le groupe, la personne est invitée à répondre à un rapide questionnaire. « Cela permet de générer une carte de Barcelone sur Google Maps, accessible à toute personne du groupe, avec les lieux de vols et si il y a eu usage de la violence » nous explique Roger.

Certaines des actions déjà entreprises par le groupe ne sont pas passées inaperçues, notamment leurs patrouilles dans le métro qui ont amené la presse locale à les surnommer « anges gardiens » (du nom d’une milice New Yorkaise crée en 1979 contre la violence dans le métro). Les patrouilles n’ont cependant jamais été leur projet principal : « Au printemps 2019, nous avons fait une réunion avec nos membres pour décider de nos actions et nous avons rencontré Eliana ». Cette femme, très connue dans le métro de Barcelone, effectuait seule depuis une dizaine d’années des patrouilles avec comme seule arme un sifflet « Nous avons fait quelques patrouilles avec elle avant de créer la nôtre, avec d’anciens policiers et personnels de sécurité entraînés au self-defense. D’autres groupes se sont ensuite créés en se greffant à leur groupe sans leur approbation. En mai dernier, une vidéo dans laquelle on peut voir un pickpocket se faire jeter du métro a tourné sur les réseaux sociaux. « Le problème c’est qu’ils utilisent la force, alors que nous nous militons pour une réponse pacifique. Nous ne voulons pas que les gens se mettent en danger ». Les patrouilles ont donc été suspendues. « Nous n’excluons pas de recommencer mais seulement lorsque nous serons plus structurés. Nous avons un nouvel objectif : être reconnu légalement comme une association ».

Les objectifs actuels

A travers la création de son association, Resident Organization Against Robbery (ROAR), Roger entend « donner un cadre légal aux prochaines actions. Nous voulons organiser des manifestations ». Car si le but à court terme de ROAR est de sensibiliser, l’objectif à long terme est de faire évoluer la loi espagnole. « Aujourd’hui si tu voles un sac, et qu’on t’attrape, la police prendra simplement ton nom et ne fera rien de plus. La justice est submergée. Ils manquent de moyens pour faire respecter la loi. On souhaite que les conséquences adéquates soient prises ». Le groupe reprendra certainement les patrouilles après avoir obtenu le statut d’association, mais sous une autre forme : « On fera de la sensibilisation avec des prospectus, et on donnera aux touristes des sifflets pour avertir en cas de vol ».

Le groupe qui se veut apolitique, constitué uniquement de bénévoles et non lucratif fonctionne désormais en 4 langues (français, anglais, espagnol et catalan). Si vous venez à Barcelone ou que vous souhaitez les aider, vous pouvez rejoindre leur groupe Facebook.

 

05/07/2019 - Toute reproduction interdite


Mery Peña et Roger Maddocks
Marine François
De GlobalGeoNews GGN

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don