Société | 10 mars 2021

93, la free zone ?

De Guillaume Bigot
3 min

Si l'on doit se réjouir pour les habitants du 93 qui ne sont pas confinés le week-end , il n'en reste pas moins que la majorité des Français aspire à vivre dans un pays où la loi est la même pour tous.

 

                         La chronique de Guillaume Bigot. 

Avec un taux de tests positifs nettement supérieur à la moyenne nationale et des réanimations saturées à plus de 100 %, le couvre-feu a été, sans surprise, étendu le week-end à une partie des Alpes Maritimes et au Pas de Calais.

Or, la Seine Saint Denis présente un tableau bien plus dégradé que celui du département du Nord et n’est pas confiné le week-end : pourquoi ?

Serait-ce une volonté de ménager ce département qui jouxte la capitale ?

La cohérence du gouvernement pose question.

La première raison invoquée par le gouvernement est son imbrication territoriale avec le reste de l'île de France.

La proximité géographique fait qu'il est possible de transférer rapidement un patient du 93 dans un hôpital parisien.

Mais fallait-il risquer de saturer les capacités de L'Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (déjà occupées à 75%) plutôt que de ralentir la pandémie dans la région ?

Le maillage serré de transports et de populations plaidait plutôt en faveur de l'extension du couvre-feu le week-end dans le 93 afin d'éviter que la propagation d'un fort taux d'incidence dans des zones limitrophes et densément peuplées.

Si la géographie demeure peu convaincante, il reste 4 explications plausibles.

D'abord le facteur politique local. Alors que les élus de Seine Saint Denis sont vent debout contre un durcissement des mesures sanitaires, ceux du Pas de Calais et de la Côte d'Azur sont plutôt demandeurs.

Ensuite, un facteur social. La Seine Saint Denis est l'un des départements les plus pauvres de France. Paris est le plus riche. Le contraste est fort. Rester chez soi le week-end dans un appartement haussmannien avec deux enfants est plus facile que de rester enfermé dans un HLM à 7 ou 8. Confiner Montfermeil et ne pas confiner Paris aurait accentué ce contraste.

Il y a également un facteur démographique.

Le 93 est l'un des territoires les plus jeunes de métropole, ce qui atténue le risque sanitaire.

Une exception pour le 9-3

Le 93 est aussi l'un de ceux qui comptent le plus d'immigrés et de Français d'origine immigrée. Et la décision du gouvernement intègre probablement la volonté de ne pas créer l'impression d'une mesure discriminatoire. Si c'est le cas, ce serait pourtant une grave erreur de psychologie : les Français issus de l'immigration ne veulent être ni mieux, ni moins bien traités que les autres.

Enfin et peut être surtout, le 93 est le département de France qui concentre le plus de zones urbaines sensibles, le plus d'émeutes, le plus de bandes et le plus de faits de violences et d'incivilités du pays.

La volonté de faire une exception pour le 9-3 s'inscrit-elle dans la continuité de la politique d'apaisement pratiquée depuis des décennies ? Pas de vague. Ne provoquons pas les voyous.

Dans un contexte où la situation devient pré-insurrectionnelle dans de nombreux quartiers sensibles, la question mérite en tous cas d'être posée.

Depuis 2015, les notes des services de renseignement tirent chaque année la sonnette d'alarme. Un soulèvement généralisé des banlieues, stimulé par l'effet d'imitation et de surenchère des réseaux sociaux, créerait une situation ingérable. L'État de droit tel que nous le connaissons n'y survivrait pas.

09/03/2021 - Toute reproduction interdite


Des immeubles d'habitation de la Cité Raymond Queneau à Bobigny, le 4 septembre 2016.
Joe Penney/Reuters
De Guillaume Bigot

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don