International | 9 septembre 2019

Entre les Etats-Unis et l’Iran : les raisons du chantage

De Maya Khadra
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Tractations, pourparlers, voyages Téhéran-Paris, adoucissement des discours puis polarisation des tensions : l’Europe  et la France - en quête d’aura diplomatique dans le dossier iranien – semblent se trouver dans un cul-de-sac. Par Maya Khadra

Donald Trump, président américain atypique et imprévisible, primesautier quoique négociateur aguerri, s’est mis dans le collimateur l’Iran et tous ses bras militaires dans la région du Moyen-Orient. Les prodromes de cette aversion anti-perse puisent leurs sources dans le rejet catégorique de toute la politique adoptée par le prédécesseur de Trump : Barack Obama. Trump avait déjà miné les fondements de l’Obamacare, la politique migratoire adoptée sous le mandat d’Obama et, à la surprise de tous, en mai 2018 il s’est retiré de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien signé en 2015, plus grande « prouesse » diplomatique d’Obama.

Donald Trump s’est en fait retiré sur son Aventin en établissant une distance tendue, gênante et non moins traversée de soubresauts diplomatiques avec l’Union européenne - et surtout la France -.

Pour trouver le fil d’Ariane, une rétrospection semble être de mise : la visite du couple présidentiel américain en Arabie Saoudite en 2017, où un gros deal d’armes fut conclu. Le troc armes-vente de barils de pétrole à prix cassé fut scellé, dans une ambiance festive en Arabie avec la fameuse danse traditionnelle des sabres à laquelle Donald Trump a joyeusement participé. Résultat : 110 milliards de dollars destinés à l’achat d’armement américain. Effet Larsen de ce chiffre exorbitant entendu à Téhéran où la première réaction aiguisée fut celle du ministre des Affaires étrangères Jawad Zarif : « L’Iran, qui vient de tenir de vraies élections, est attaqué par le président des Etats-Unis dans ce bastion de la démocratie et de la modération. S'agit-il de politique étrangère ou de pomper 480 milliards de dollars au roi Salman ? »

Crainte et tremblement à Téhéran depuis cette visite qui accoucha d’une manière naturelle et non douloureuse - pour les Etats-Unis - du sabordage de l’Accord de Vienne. Brian Hook, l’envoyé spécial de la Maison Blanche pour l’Iran, promet dans une conférence de presse incendiaire de réduire le budget iranien de 40 %... Politique d’appauvrissement mené sans pitié à l’encontre du pays des Mollahs et parole tenue au bout de quelques mois avec la chute de 80% de vente du pétrole iranien.

Aujourd’hui, l’économie iranienne vacille et le régime, paradoxalement, se venge contre les Européens dans une forme d’expression politique d’un désarroi inéluctable. Le Président iranien modéré Hassan Rohani reproche à la France son double discours. Pourtant, la France, fer de lance de l’initiative européenne pour sauver l’Accord de Vienne, a proposé une pléthore d’aides financières à l’Iran en commençant par le dispositif Instex qui contourne les échanges commerciaux jusqu’à 15 milliards de dollars. Chiffre Généreux très bien accueilli en Iran, mais aussitôt rejeté car non officialisé et avalisé.

Pour cause ? Un refus américain. De nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran ont été annoncées début septembre par Brian Hook. L’enjeu et la finalité ? Point une guerre, mais une négociation selon les conditions de Donald Trump. L’Europe, entretemps, peut se donner l’illusion de jouer un rôle diplomatique.

La réalité est que le Président Macron et Federica Mogherini, chargée des Affaires étrangères à l’UE, se battent contre des moulins à vent.

10/09/2019 - Toute reproduction interdite


Le diplomate français Emmanuel Bonne en compagnie du vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, à Téhéran, Iran, le 10 juillet 2019.
Nazanin Tabatabaee/WANA via Reuters
De Maya Khadra

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