Société | 19 mars 2019

Montée du puritanisme en France : Couvrez ce sein que je ne saurais voir !

De Maya Khadra
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En 1970, les femmes affichaient leurs seins à la plage. Le topless était alors un signe d'affranchissement des cadres étriqués. Aujourd'hui, de grandes enseignes françaises font du voile islamique un commerce juteux... La France serait-elle donc en train de mourir d'un puritanisme importé d'Orient et des Etats-Unis ? La liberté des femmes en serait-elle menacée ? C'est ce que nous explique Maya Khadra, journaliste et chercheuse libanaise, qui a reçu en 2013 le prix du journalisme francophone.

Un an après les cris d'orfraie poussés dans tous les recoins de la jungle médiatique et des réseaux sociaux, à coups de « #Metoo » et de sa version française, ô combien élégante et millésimée, « #Balancetonporc », la vague de l'indignation s'est amortie, les pendules ont été remises à l'heure... Fallacieusement ! Une vague de puritanisme s'affale sur la France, insidieusement. Dans l'Hexagone, la défense des seins nus cède ainsi la place à la défense du voile islamique, à un nouveau puritanisme.

Le Puritanisme, justement ... Historiquement, c'est un courant spirituel du calvinisme qui désire purifier l'Eglise d'Angleterre du catholicisme à partir de 1559. A la base, c'est donc une tendance religieuse, rigoriste voire acrimonieuse et revêche. Depuis le XVIe siècle, cette tendance rigide a réussi à se propager comme une traînée de poudre un peu partout dans le monde. Elle n'a pas épargné la France. Elle est devenue un combat politique ; pour reprendre le raisonnement juste et judicieux d'Alexis de Tocqueville sur le Puritanisme : « Le puritanisme n'était pas seulement une doctrine religieuse ; il se confondait encore en plusieurs points avec les théories démocratiques et républicaines les plus absolues. » Sous couvert politique et démocratique, l'imposture puritaine s'instille dans les interstices de la société française et dans les dédales de la politique. Il y a peu, une élue du parti communiste à la Mairie de Paris, Hélène Bidard, s'offusque d'une affiche publicitaire de lingerie féminine exhibant une paire de fesses rondes et bien galbées avec un slogan, plutôt coquin et surtout jubilatoire de légèreté : « Parlez-vous Aubade ? ». Immédiatement, l'affiche est retirée du centre commercial Printemps à Auber. En même temps, le port du burkini commence à être permis dans plusieurs piscines municipales, dont celle du Département de la Somme. Couvrez-vous toutes, Dieu reconnaîtra les siennes ! Le Burkini demeure peu répandu en France. Cependant, l'on pourrait parler d'une islamisation feutrée au niveau des mœurs. Stendhal disait : « Mohammed fut un puritain, il voulut proscrire les plaisirs qui ne font de mal à personne. » Une paire de fesses, des seins nus au pays du libertinage et du marivaudage ne font de mal à personne et pourtant, ils commencent à effaroucher féministes et militantes contre l'hypersexualisation du corps de la femme ; lequel corps est rotondité, courbes, beauté, harmonie... Il est en effet plaisir à voir sur une affiche publicitaire de lingerie, et il ne revendique point d'attentats meurtriers et sanguinaires...

Vers l'Hédonéphobie et l'interdiction de la beauté ?

Ainsi, l'acculturation en France ne se fait pas dans un sens anthropologiquement normal. Elle se fait à l'inverse. La majorité se plie à la doxa islamiste. Etam se couche devant une femme voilée dont la candidature a été rejetée, obligeant son directeur à se confondre en excuses sur Twitter. Et les bien-pensants, commerçants qui bradent le combat de la libération des femmes en France, étalent leurs poncifs moralisateurs à tout bout de champ. En 1970, les femmes affichaient leurs seins à la plage. La mode topless était un signe d'affranchissement des cadres étriqués, la revendication d'une nouvelle forme de liberté pour les femmes.

Sauf qu'au XXIe siècle, en 2011 plus précisément, une association féministe portant un nom très pacifiste - les TumulTueuses - a commencé à organiser des « bains revendicatifs » pour interdire le topless à la plage. Sans oublier que concomitamment, le marketing positif et dédiabolisant le burkini a le vent en poupe. Aheda Zanetti qui a créé cet accoutrement islamique dit l'avoir commercialisé pour « libérer les femmes » ... S'agirait-il plutôt de libérer les femmes musulmanes ? Soit. Pourtant, d'après une étude de l'Ifop publiée en 2016, 64 % de Français seraient opposés au port du Burkini. Pourquoi, alors, cette forme d'intimidation puritaine qui a tiré le débat à hue et à dia, et qui a fait couler de l'encre dans certains médias qui ont dénoncé une montée de l'islamophobie ? « Heure grave pour le vivre-ensemble », « Nouvelle offensive raciste », « Le conseil contre l'islamophobie attaque en justice la mairie de Cannes » ... Que de titres utilisés en écran de fumée pour cacher un refus à la majorité des Français de ce costume discriminatoire. La beauté ne sauvera plus le monde, hélas. L'hédonéphobie, elle, gagne du terrain. La souplesse cède la place à la rigidité. La beauté à la laideur. La rotondité à la platitude. Mais n'oublions pas que la rotondité est signe d'ouverture. L'architecture de la Renaissance, la rotondité des courbes féminines, la rotondité du cercle comme symbole de l'infini.

Comme disait l'immortel dramaturge surréaliste Ionesco : « Prenez un cercle, caressez-le. Il devient vicieux. » Alors que vive le vice s'il est jouissance, beauté et plaisir face à l'obscurantisme !

19/03/2019 - Toute reproduction interdite


Une femme prend un bain de soleil sur une plage d lors d'une journée chaude et ensoleillée à Arcachon près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 1er juillet 2015.
Regis Duvignau/Reuters
De Maya Khadra

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