Nous sommes désormais à moins de six mois du premier tour de la Présidentielle. Les sondages vont, viennent et, nonobstant la montée d’Éric Zemmour, nous montrent que - pour le moment - aucun candidat ne fait rêver les Français parmi ceux qui se sont déclarés, ni ceux qui pourraient se déclarer ou être désignés par leur parti. Et une chose paraît de plus en plus à craindre : le 24 avril prochain, comme depuis 1974, nous aurons un Président par défaut.

La chronique politique de Philippe David.

1974 : Valéry Giscard d’Estaing est élu de justesse face à François Mitterrand, dont l’union avec les communistes a forcé un nombre important d’électeurs à voter contre lui.

1981 : Après sept années de giscardisme, c’est le RPR fait voter contre le Président sortant par calcul politique, et assure une grande partie de la victoire de Mitterrand.

1988 : Après deux années de cohabitation qui ont suffi à transformer Chirac en repoussoir, Mitterrand est réélu sur un programme résumé en trois mots : « La France unie ». Encore une fois, on n’a pas voté pour un candidat mais contre l’autre.

1995 : À sa troisième candidature et avec un programme d’une démagogie dont il se vantait, Chirac bat de peu un Jospin qui avait repris le flambeau d’un PS ayant subi sa pire déroute aux législatives deux ans plus tôt, suite aux nombreux scandales frappant le parti de la rue de Solférino.

2002 : Tout le monde appelle à battre Jean-Marie Le Pen en votant Chirac, même si quelques jours plus tôt ils l’appelaient « super menteur ». Chirac n’a pas été réélu avec 82% des suffrages, ce sont 82% des suffrages qui se sont exprimés contre Jean-Marie Le Pen.

2007 : Pour la première fois depuis 1969, un candidat est élu sur son programme. Nicolas Sarkozy s’assume de droite, promet qu’on gagnera plus en travaillant plus, et qu’il nettoiera les racailles au Kärcher.

2012 : Le Kärcher ayant été doublement remplacé par Kouchner et par un plumeau, les Français battent Sarkozy en envoyant Hollande - Monsieur 3% peu de temps auparavant - à l’Elysée.

2017 : Après un débat titanesque (pas de « titan » mais de « Titanic », vu l’ampleur du naufrage) de Marine Le Pen, Emmanuel Macron est élu avec 43% des inscrits, ce qui est loin de faire une majorité.

Choisir au premier tour, éliminer au second

Moralité : depuis bientôt un demi-siècle, et à l’exception de 2007, le scrutin présidentiel se résume à choisir au premier tour et éliminer au second. Et il y a fort à parier que le candidat ou la candidate élu(e) le 24 avril prochain ne dérogera pas à la règle, tant ceux qui sont en haut des sondages sont clivants et n’auront qu’un faible réservoir de voix pour le second tour.

Macron ? La gauche a fait barrage une fois, elle ne le fera pas aussi massivement une seconde, chat échaudé craignant l’eau froide.

Zemmour ? Le Pen ? Très clivants, ils n’auront pas non plus de grande réserve de voix.

Mélenchon ? Il lui faudrait, si l’on en croit les sondages, une véritable « remontada », marque désormais déposée par Arnaud Montebourg qui ne lui assurera pas les suffrages des supporters du Paris Saint Germain pour espérer être au second tour. Et comme il est lui aussi extrêmement clivant, Mélenchon n’aura pas non plus de réserves de voix à son actif.

Bref, j’ai fait un rêve : et si au second tour en 2022, on votait enfin pour et pas contre un candidat …

13/10/2021 - Toute reproduction interdite


Emmanuel Macron s'entretient avec Jean-Luc Mélenchon à son arrivée à l'hôtel de ville de Marseille, le 1er septembre 2021.
©Ludovic Marin/Pool via Reuters
De Philippe David