Société | 22 mars 2021

1871 : Quand les femmes faisaient la révolution !

De Klervi Le Collen
4 min

Elles se nommaient Marie Guyard, Angeline Amiel, Félicité Paul… Le gouvernement de Thiers les appelait "les pétroleuses". Perçues comme violentes et incendiaires, elles furent jugées comme criminelles et condamnées à perpétuité pour leur participation à l’insurrection de la Commune. Leurs motivations : de nouveaux droits pour les enfants et les femmes exploités physiquement qui vivaient dans une profonde misère.

                                              Par Klervi le Collen.

Le 2 septembre 1870, les Prussiens envahissent la France. Napoléon III vient de signer à Sedan l’acte de réédition de l’armée française. Le quotidien des parisiens est dramatique. Ce phénomène s’est amplifié pendant le siège de Paris : bombardements, peur, famine, exploitation, prostitution. Les rumeurs évoquent que la seule viande disponible sur le marché est celle des rats. La contestation gronde après les élections du 8 février 1871 et les mesures votées par l’Assemblée nationale. Adolphe Thiers dirige le nouveau gouvernement et obtient le soutien du chancelier Bismarck. Afin de rétablir son autorité sur la capitale, Thiers met au point une stratégie nocturne visant le désarmement et l’enlèvement des canons situés à Belleville et à Montmartre. Ce 18 mars, des milliers de soldats doivent quadriller Paris afin de stopper toute forme de résistance. L’opération prend du retard. À leur réveil, les habitants voient leur ville envahie. Aussitôt les alarmes se font hurlantes et la rébellion s’organise. Les soldats ont ordre de tirer sur la foule. Plusieurs régiments refusent et fraternisent avec les révoltés. Les barricades s’érigent en un temps record. La nuit tombe. Les insurgés ont déjà pris possession de la ville. Entre temps, le gouvernement s’est réfugié à Versailles pour mieux organiser les représailles.

La guerre civile éclate. On a besoin de renfort et les Communards encouragent volontiers les femmes et les enfants à les rejoindre dans la lutte contre l’ennemi. Les combats dureront 72 jours, marqués par une violence inouïe, des exécutions sommaires et des destructions de bâtiments. La Commune se soldera le 28 mai par un bain de sang. Le gouvernement reprend le pouvoir et arrête sous les hurlements et les insultes d’une foule déchainée - officiellement - 36309 fédérés. Plus de 20000 seront fusillés. Les survivants seront déportés dans des bagnes, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie... Les 650 enfants (dont 38 ont moins de 13 ans) ne seront pas épargnés et envoyés en maison de correction. Sur les registres, 850 femmes sont considérées comme criminelles. Beaucoup furent condamnées à mort, peine commuée en prison à perpétuité.

Les oubliées de l’histoire

Les femmes ont participé activement à la Commune. Leurs motivations étaient différentes de celles des hommes mais elles voulaient se faire entendre et montrer qu’elles avaient elles aussi, un rôle à jouer.

Il faut dire que leur statut était limité. Le droit de vote ne leur avait pas été accordé en 1848, lors du passage au suffrage universel masculin. Pire encore, le code Napoléon de 1804 les considérait comme mineures à vie.

Elles appartenaient à leur père, puis à leur mari. Ce code perçu comme moderne et qui inspirera d’autres démocraties, restera en vigueur jusqu’en 1965. Les femmes n’avaient pas le droit de travailler sans autorisation. Elles devaient accomplir le devoir conjugal. Et toute signature d’un contrat leur était strictement interdit. Mais elles devaient répondre de leurs fautes devant un tribunal.

Profitant d’une relative liberté dans les années 1860, les premiers mouvements féministes apparaissent sous l’impulsion de personnalités comme André Léo. Des journaux et des associations se créent comme Le droit des femmes et La Société pour la revendication des droits civils des femmes. Il est question d’égalité salariale, d’abolir le « droit de jambage »*, de lutter contre la prostitution et le fichage des prostituées. Un féminisme juste et engagé dans une société archaïque et patriarcale. Souvent issues de milieux modestes, elles travaillent comme ouvrières, lingères, chocolatières, marchandes de quatre saisons. D’autres sont plus lettrées et parfois issues de la bourgeoisie. Le 18 mars, elles prendront les armes et soigneront les blessés.

Des femmes héroïques

L’expression « pétroleuse » est alors utilisée de manière dépréciative afin de qualifier les Communardes accusées parfois à tort d’avoir utilisé ce liquide inflammable pour provoquer des incendies. Perçues comme des femmes aux mœurs légères, elles sont diabolisées et caricaturées comme des sorcières. Tout ce mythe répondra à la propagande anti-communards.

Les historiens ont retracé le parcours des insurgés grâce aux archives et aux registres retrouvés. Beaucoup de documents disparurent. Cet aspect lacunaire justifie que beaucoup restèrent des anonymes aux biographies incertaines, voire inexistantes. À l’exception de l’institutrice Louise Michel, de l’ouvrière Nathalie Le Mel et de l’enseignante Elisabeth Dmitrieff.

Les chiffres qui retracent l’histoire des Communards sont très différents et rendent complexe l’étude de cette révolution.

Peu étudié dans les livres d’histoire, une résolution de décembre 2016 réhabilite les victimes de la répression de la Commune. Cette période anarchiste fut marquée par une grande violence dont l’objectif était d’accéder à une plus grande liberté, à plus d’égalité et de fraternité. Était-ce suffisant pour justifier de ce fort anticléricalisme et de la « terreur des otages » (pour chaque fédéré assassiné, trois otages seraient exécutés).

Autant de questions compliquées et de polémiques. Cependant, il faut avant tout se souvenir de La Commune pour ses avancées républicaines et pour les combats de ces femmes héroïques.

*droit de cuissage


18/03/2021 - Toute reproduction interdite


Artillerie parisienne, 1871. La grosse Joséphine manipulée par les « marins ». Elle pèse 8 tonnes et ouvre à 19 centimètres ce qui permet de lancer des obus de plus de 50 kilos.
Collection Sirot-Angel/Le Collen
De Klervi Le Collen

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