Dans une première partie , Roland Lombardi avait rappelé les premières conséquences du 11 septembre 2001, avec l’OPA des néoconservateurs sur la politique étrangère américaine et le début de la guerre en Afghanistan. Ici, il aborde le rôle des « néocons » dans la guerre contre l’Irak à partir de 2003, et ses lourdes répercussions pour la suite…

L’édito international de Roland Lombardi

On l’a vu précédemment , le vice-président Dick Cheney et le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, étaient de ceux qui ne cessaient de répéter, bien avant le 11 septembre, qu’il aurait fallu « finir le job » en Irak en 1991, après la libération du Koweït.

En effet, à l’époque, le Président Georges H. Bush père, réaliste et fin connaisseur du monde – il avait été le vice-président de Reagan et ancien patron de la CIA – décide de ne pas outrepasser les résolutions de l’ONU et de s’en tenir à l’expulsion de l’armée irakienne du Koweït ; et surtout de ne pas renverser Saddam Hussein, conscient, à juste titre, une déstabilisation générale de l’Irak.

Encore sous le choc des attentats de 2001, Georges W.Bush fils, comme son Secrétaire d’État, Collin Powell (ancien général et chef d’état-major du père), assez frileux sur la question, vont être poussés par les néoconservateurs à envahir l’Irak en 2003.

Saddam Hussein n’est pourtant en rien responsable des attaques du 11 septembre.

La suite est connue : chute et élimination de Saddam Hussein, « transition démocratique » catastrophique, guerre civile, chaos et montée en puissance des chiites majoritaires ouvrant le pays à l’influence des mollahs iraniens, et résurgence d’Al-Qaïda…

Là encore : une occupation mal engagée et la volonté d’imposer un système démocratique occidental (cache-sexe d’une accaparation dans les faits de l’économie du pays par des entreprises américaines dans le secteur pétrolier et autres…) sur une société à mille lieues de ces références, tout en excluant les anciens responsables des services spéciaux irakiens et les cadres du régime et du parti Bass, qui auraient pu « tenir » le pays. Cette stratégie s’avèrera finalement terriblement dévastatrice et éminemment déstabilisatrice pour toute la région, et par ricochet l’Europe. N’oublions pas que certains anciens officiers de l’armée de Saddam seront les premiers cadres de Daesh…

Les « néocons » toujours influents ?

De toute évidence, le rôle des « néoconservateurs » américains a été plus que néfaste. Surtout, qu’ils ont fait depuis bien longtemps des émules en Occident, notamment en France chez les « savants » (Thérèse Delpech), chez les politiques ou les intellectuels (Kouchner, BHL) ou encore chez certains diplomates du Quai d’Orsay (par intérêt ou simple suivisme atlantiste).

Aux États-Unis (comme ailleurs en Occident), ce courant de pensée est, depuis, devenu transpartisan au sein d’une sorte d’alliance « Wilsonienne » (idéalistes et interventionnistes).

Obama a été régulièrement critiqué pour sa politique étrangère. Son bilan est plus que mitigé. Mais en dépit des erreurs des Américains durant son mandat et des pressions des « va-t-en-guerre» néoconservateurs et démocrates – qui voulaient l’entraîner encore plus loin en Syrie ou même en Ukraine –, il a globalement évité le pire comme en 2013, après avoir refusé de frapper Assad. Il est vrai que le troisième fiasco des interventions occidentales (après l’Afghanistan et l’Irak), à savoir la Libye en 2011 – où là encore les interventionnistes et les chantres de l’ingérence avaient été à la manœuvre –, l’avait grandement refroidi !

Avec Donald Trump, sa méconnaissance des affaires internationales et surtout son style « bad dog », les « néocons » croyaient avoir trouvé leur marionnette. Ils l’avaient sous-estimé. Plutôt « Jacksonien » (nationaliste et réaliste) et cornaqué, tant à l’international que dans les arcanes de Washington, par son fidèle « Mazarin », son très habile Secrétaire d’État, Mike Pompeo – considéré à tort comme l’un des leurs – , Trump s’est toujours refusé à toute nouvelle intervention extérieure en dépit des pressions.

Les néocons lui en veulent d’ailleurs encore pour sa volonté d’apaisement avec la Russie, son refus d’un conflit ouvert en Iran et par-dessus tout, d’avoir renversé les rôles en les manipulant.

En effet, en juillet 2018, le sulfureux président américain avait choisi comme conseiller à la sécurité nationale John Bolton, l’une des plus influentes personnalités du courant « néocons ». Or, cette nomination très politicienne (avant les élections de novembre 2018 des Midterms) avait d’abord permis de mettre la pression sur Téhéran et ainsi inquiéter les Iraniens (tout en rassurant au passage les alliés israéliens et saoudiens) afin de les pousser à renégocier sur le nucléaire. Puis surtout, le temps des élections, d’amadouer, voire de calmer les critiques des néoconservateurs (soutenus par les lobbies anti russes et pro-saoudiens) encore très influents à Washington, notamment chez les élus républicains mais également démocrates. Une fois les échéances électorales passées, Bolton, également trop véhément contre l’Iran, fut congédié en septembre 2019 !

C’est la raison pour laquelle, plusieurs néoconservateurs – même dans le camp républicain, comme Bill Kristol, John Negroponte ou encore John Bolton – ont ostensiblement apporté leur soutien à Joe Biden.

En octobre 2020, j’écrivais que « la tendance « isolationniste » s’est depuis largement diffusée dans l’opinion américaine, voire même dans les allées du pouvoir. Or, il serait naïf de sous-estimer les capacités et le talent de certains groupes de pression à « remobiliser » les foules pour une éventuelle et nouvelle guerre humanitaire au nom des droits de l’Homme, surtout en des temps troublés et de grave crise intérieure... »

Reste à savoir si Joe Biden sera alors en capacité de résister aux pressions comme ses deux prédécesseurs…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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09/09/2021 - Toute reproduction interdite


U.S. President Joe Biden arrives to deliver remarks on Afghanistan during a speech in the State Dining Room at the White House in Washington, U.S., August 31, 2021.
©Carlos Barria/Reuters
De Roland Lombardi