Les attaques spectaculaires du 11 septembre 2001, avec notamment l’attaque du Pentagone et l’effondrement du World Trade Center, ont été un pic de tension entre « l’islam » et « l’Occident », et ont constitué une rupture dans l’histoire des relations internationales. La politique étrangère américaine est alors passée du réalisme à l’interventionnisme des néoconservateurs. Les résultats pour le monde furent catastrophiques et durablement déstabilisateurs…

L’édito international de Roland Lombardi

 

Avant le 11 septembre, il y avait déjà eu des attentats contre les intérêts américains aux États-Unis (déjà au World Trade Center en 1993) et à travers la planète. Les menaces émanant des islamistes radicaux et du principal groupe terroriste de cette mouvance, Al-Qaïda – créée en Afghanistan en 1987 –, se faisaient de plus en plus prégnantes.

Dans les années 1990, quelques voix au Pentagone ou à la CIA avaient alerté sur les dangers de l’instrumentalisation de l’islam radical – initiée à partir des années 1970 –, qui avait fonctionné contre l’influence soviétique (notamment en Afghanistan), et poursuivie après la chute de l’URSS contre une Russie pourtant exsangue, dans les Balkans ou dans le Caucase (théorie de l’anti-russe Brzezinski). Voire contre l’Europe diront certains… D’autres stratèges américains s’inquiétaient du jeu trouble de certains alliés comme le Pakistan ou les États du Golfe. Ils ne furent pas écoutés, voire écartés. D’autant plus que l’Amérique, l’« hyperpuissance » de l’époque depuis sa victoire dans la Guerre froide et le succès de sa spectaculaire démonstration de force contre Saddam Hussein en 1991, fut marquée par une forme d’hubris. Le high-tech pris son envol et les services spéciaux américains délaissèrent peu à peu le renseignement humain au profit du tout technologique pour parer aux menaces…

C’est dans ce contexte que le 11 septembre survint.

Revendiqués depuis l’Afghanistan par Al-Qaïda et ses chefs Ayman al-Zawahiri, Khalid Cheikh Mohammed et Oussama ben Laden, les quatre spectaculaires attentats-suicides (avec des avions de ligne détournés par 19 terroristes dont 14 de nationalité saoudienne) sur le sol américain vont provoquer près de 3 000 victimes et 6 000 blessés.

Pour les États-Unis et le monde entier, c’est un traumatisme, une tragédie !

C’est ce que l’on appelle en histoire un point de rupture, une date charnière. La date du 11 septembre est, par son ampleur, sa soudaineté et surtout ses images, gravée dans tous les esprits. Pour preuve, après 20 ans, tout le monde se souvient précisément de l’endroit où il se trouvait et de ce qu’il faisait lorsque les avions des kamikazes islamistes ont percuté les deux tours du World Trade Center !

La prise en main de la politique étrangère américaine par les « néocons »

Après cet évènement, les néoconservateurs américains ont pris le contrôle total de la politique étrangère américaine.

Mais avant d’aller plus loin, il faut revenir sur les origines et les objectifs de ce courant de pensée. Quelques vérités sont à rétablir. En effet, à l’origine, les néoconservateurs ne sont pas de nouveaux conservateurs ou de dangereux et belliqueux réactionnaires. Ce sont plutôt des militants des droits de l’Homme, se retrouvant à la gauche du parti Démocrate et qui critiquaient le réalisme de Nixon ou de Kissinger consistant à négocier avec le « monstre soviétique ». Pour ces « faucons », il ne fallait surtout pas discuter mais, au contraire, lutter par tous les moyens avec l’URSS au nom de la « liberté ».

Au fil du temps, les « néocons » vont glisser et se retrouver à la droite du parti Républicain et de l’establishment. Après 1991, leur crédo peut se résumer ainsi : soutien indéfectible à Israël (surtout au Likoud, aux religieux et aux nationalistes israéliens) et opposition radicale à la Russie, qui même après la chute de l’Union soviétique, demeure l’ennemie numéro 1. Étrangement, ils sont assez discrets sur la Chine qui pourtant, à partir de son entrée dans l’OMS en 2000 – appuyée par Washington – va amorcer son décollage…

Les « néocons » vont prôner une politique étrangère missionnaire et interventionniste, inspirée et rejoignant le wilsonisme, par laquelle les États-Unis devaient imposer leurs « valeurs » au monde (même par la force).

Ainsi, au début du mandat de Georges W. Bush, et même s’il y a dans son entourage des réalistes mesurés comme Colin Powell, c’est le courant néoconservateur qui prédomine – le vice-président Dick Cheney, le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le président du comité des conseillers du Pentagone, Richard Perle, la conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, le secrétaire adjoint de la Défense, Paul Wolfowitz… –. Certains d’entre eux (Cheney et Rumsfeld) sont déjà persuadés qu’il fallait, en 1991, après la libération du Koweït, aller jusqu’au bout à Bagdad, et faire chuter Saddam…

Le 11 septembre leur servira de funeste opportunité – d’où certaines théories du complot – pour imposer leurs vues et leur idéologie – mais aussi leurs intérêts personnels en lien avec ceux du puissant complexe militaro-industriel et certains lobbies financiers (cf. Cheney/Haliburton…) - puisqu’ils vont prendre l’ascendant sur le Président Georges W. Bush, sidéré et dépassé par les attentats.

Ce seront d’abord les représailles en Afghanistan. Répliquer dans ce pays, abattre le régime taliban qui abritait Al-Qaïda était légitime, justifié et indispensable. Après ce premier succès notable, la première erreur fut cependant de vouloir faire de ce pays, au mépris de son histoire, de sa géographie, de la particularité de son peuple, un État moderne et démocratique sur le modèle occidental. Nous avons assisté ces dernières semaines, soit 20 plus tard, aux conséquences tragiques de cette illusion.

Certes, il fallait être implacable et lutter de toutes ses forces contre le terrorisme islamiste mais davantage de réalisme, de précision et surtout de discrétion auraient été assurément plus efficaces…

La seconde faute fut sans aucun doute la phase suivante des représailles américaines de l’après-11 septembre, avec l’intervention en 2003 en Irak, qui pourtant n’avait aucune responsabilité dans les attentats.

Deuxième partie

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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The remaining tower of New York's World Trade Center disolves in a cloud of dust and debris September 11, 2001.
© Ray Stubblebine/Reuters
De Roland Lombardi